Soixante-quatre ans après le Maracanazo, le Brésil pensait avoir purgé sa peine. Hôte de la Coupe du Monde pour la deuxième fois de son histoire, la Seleção alignait au coup d'envoi du tournoi le 12 juin 2014 son sélectionneur Luiz Felipe Scolari, son icône Neymar, et un peuple en quête de rédemption. Quatre semaines plus tard, à Belo Horizonte, le pays vivrait un drame d'une ampleur que personne n'avait imaginée.
Premier Mondial brésilien depuis 1950
La Coupe du Monde 2014 se dispute du 12 juin au 13 juillet 2014 dans douze villes. Trente-deux équipes, soixante-quatre matchs, un budget d'organisation gigantesque. Le tournoi est précédé de manifestations sociales massives au Brésil, qui dénoncent les milliards engloutis dans les stades alors que les services publics manquent de financement. La FIFA, attaquée pour son train de vie au Maracanã rénové, navigue dans la tempête.
Sur le terrain, le tournoi démarre fort. Pays-Bas 5-1 Espagne, revanche cinglante de la finale 2010. Allemagne 4-0 Portugal, signal envoyé. Le Brésil sort de son groupe sans flamboyer, en perdant des points contre le Mexique (0-0) et avec un Neymar qui porte tout. Les huitièmes contre le Chili sont une épreuve : 1-1 au terme des prolongations, qualification aux tirs au but (3-2) avec un Júlio César décisif.
La marche vers la demi-finale
En quart contre la Colombie de James Rodríguez (futur Soulier d'Or avec six buts), le Brésil s'impose 2-1 à Fortaleza. Mais la rencontre laisse deux blessés majeurs : Thiago Silva, capitaine et défenseur central pivot, suspendu pour la demi-finale. Et surtout Neymar, victime d'un coup de genou de Juan Camilo Zúñiga sur la troisième vertèbre lombaire. Ambulance, hôpital, fracture, fin de Mondial.
L'Allemagne, elle, avance avec la régularité d'un train. Joachim Löw a conçu son équipe depuis quatre ans : Manuel Neuer dans les buts, Mats Hummels et Jérôme Boateng en charnière, Philipp Lahm capitaine et milieu défensif, Toni Kroos métronome, Thomas Müller chaque match. Quart contre la France : 1-0, but de Hummels à la 13e minute sur un coup franc de Kroos. Place à Belo Horizonte.
8 juillet 2014, Mineirão, le drame
Soixante-quatre ans après que l'Uruguay eut fait taire le Maracanã, le Brésil disputait sa demi-finale dans son fief. Au coup d'envoi, la nation espère. À la 11e minute, Thomas Müller marque sur corner. À la 23e, Miroslav Klose dévie au sol une frappe de Toni Kroos détournée par Júlio César : 2-0. C'est aussi le seizième but en Coupe du Monde de Klose, qui dépasse Ronaldo (15 buts) et devient le meilleur buteur de l'histoire de la compétition.
À la 24e minute, Kroos marque d'une frappe placée. À la 26e, Kroos refrappe : 4-0. À la 29e, Sami Khedira glisse le cinquième dans les filets. Cinq buts allemands en six minutes. Le Mineirão est silencieux. Caméras sur des supporters en larmes. Le score à la mi-temps est 5-0.
En seconde période, l'Allemagne lève le pied par humanité. André Schürrle aggrave néanmoins à la 69e et la 79e. À la 90e, Oscar marque le but de l'honneur pour le Brésil. Score final : 1-7. La plus large défaite de la Seleção depuis 1920 (où elle avait perdu 0-6 contre l'Uruguay). Le mot Mineirazo entre dans l'histoire le soir même.
La finale, Götze, et l'incrédulité argentine
Le 13 juillet 2014, Allemagne contre Argentine au Maracanã. Lionel Messi tente une dernière fois de soulever la coupe que son pays attend depuis 1986. La rencontre est verrouillée : pas de but pendant 90 minutes. Higuaín rate seul devant Neuer en première période. Palacio en seconde, ratera également de la pointe du pied au-dessus de la barre.
À la 113e minute, en prolongation, André Schürrle déborde sur l'aile gauche et centre du gauche. Mario Götze contrôle de la poitrine et expédie une volée du pied gauche dans le coin opposé. 1-0. L'Allemagne gagne sa quatrième étoile, sa première après la réunification, vingt-quatre ans après le sacre de 1990.
Lionel Messi reçoit le Ballon d'Or du tournoi. Sans grande conviction de sa part : il l'avoue plus tard, il aurait préféré la coupe. Le message du destin lui parlera huit ans plus tard, à Lusail.
Klose, James, Pogba
James Rodríguez, vingt-deux ans, milieu offensif colombien, finit meilleur buteur avec six réalisations dont une volée du droit en huitième contre l'Uruguay élue plus beau but du tournoi. Manuel Neuer reçoit le Gant d'Or. Paul Pogba, vingt-et-un ans, est désigné meilleur jeune joueur. Et Klose s'arrête là, à seize buts en Coupe du Monde, record encore debout aujourd'hui.
Pour le Brésil, le tournoi se termine par une seconde claque face aux Pays-Bas en match de classement (0-3). Quatre années de reconstruction. Un nouveau sélectionneur, Tite. Et le silence du Maracanã puis du Mineirão restera l'arrière-fond de toutes les sélections brésiliennes suivantes.