Zinédine Zidane avait annoncé sa retraite. La Coupe du Monde 2006 devait être son dernier tournoi en bleu, une sortie par la grande porte pour le plus grand joueur français de l'histoire. Il avait rappelé de la retraite pour aider une équipe en difficulté, porté la France jusqu'en finale, et reçu le Ballon d'Or du tournoi. Puis, à la 110e minute de la finale, il avait planté un coup de boule dans la poitrine de Marco Materazzi. Carton rouge. Sortie définitive, par la petite porte.
L'été allemand
L'Allemagne organisait pour la deuxième fois, après 1974. Le tournoi serait marqué par une ambiance festive exceptionnelle — les fans zones, les millions de spectateurs dans les villes, la bonne humeur d'un peuple qui se redécouvrait le droit de brandir son drapeau sans complexe après les décennies d'autocensure post-guerre. La Mannschaft de Jürgen Klinsmann enchantait par son football offensif, finissant troisième après avoir battu la France 2-0 en quart et sombré 0-2 contre l'Italie en demi (le but de Grosso à la 119e restant dans toutes les mémoires).
Miroslav Klose termina meilleur buteur avec cinq réalisations, portant son total en Coupe du Monde à quatorze buts. Il en ajoutera deux en 2010 et deux autres en 2014 pour finir à seize, record absolu.
La France par accident
La France avait failli ne pas se qualifier. Troisième de son groupe lors des éliminatoires, elle passa par les barrages contre la Suisse (1-1, puis 4-1 en Suisse). Coup de chance : Zidane et les cadres Thuram, Vieira, Makelele, Henry décidèrent de reporter leur retraite internationale. Le groupe était vieux mais avait l'expérience du niveau.
Au tournoi, la France avança dans un étrange mélange de médiocrité et de flambées. Nul 0-0 en ouverture contre la Suisse. Nul 1-1 contre la Corée du Sud. Victoire 2-0 contre Togo. Puis en huitièmes, Ribéry fracassa l'Espagne 3-1 sur une belle contre-attaque. Quart : France 1-0 Brésil, Zidane et Henry combinant comme en 1998. Demi-finale : France 1-0 Portugal, sur penalty de Zidane. La France en finale pour la troisième fois.
9 juillet 2006, Olympiastadion, Berlin
La finale était équilibrée. L'Italie menait sur penalty de Zidane transformé avec l'effronterie d'un lob au-dessus de Buffon (12e). L'Italie égalisait par Materazzi de la tête sur corner (19e). 1-1 après quatre-vingt-dix minutes. Prolongation.
À la 110e minute, alors que la caméra était sur le ballon, quelque chose se passe dans la surface italienne. Zidane marche vers Materazzi, qui reste en retrait. Zidane s'arrête. Fait demi-tour. Plante sa tête dans le sternum du défenseur de l'Inter. Materazzi tombe. Zidane est expulsé. Il passe devant le trophée — qu'il ne soulèvera jamais — sans le regarder.
Materazzi avait dit quelque chose. Zidane a donné des versions partielles dans les années suivantes — une insulte sur sa mère ou sa sœur, selon ses propres termes. Le Comité d'éthique de la FIFA a condamné les deux joueurs. Le geste de Zidane reste l'un des moments les plus commentés, analysés et débattus de l'histoire du sport.
Aux tirs au but, l'Italie s'impose 5-3. Cannavaro soulève le trophée. Fabio Cannavaro, champion du monde, défenseur de la Juventus suspendue pour le Calciopoli — le scandale de manipulation de matchs en Serie A qui éclatait ce même été. L'Italie remportait son quatrième titre dans un contexte de crise de crédibilité du football italien. Ce paradoxe n'a jamais été totalement digéré.