Le 30 juin 2002 à Yokohama, Roberto Carlos frappe le dernier penalty de la nuit dans un but vide. Ronaldo Luís Nazário de Lima — R9, le phénomène — soulève la coupe en pleurant. Quatre ans après la finale de Paris où il avait joué diminué, mystérieusement effondré par une crise de convulsions quelques heures avant le coup d'envoi, il a marqué huit buts dans ce tournoi. Dont deux en finale. La rédemption est totale. Elle est aussi la plus belle histoire de la Coupe du Monde 2002.
Le premier co-organisé, le premier en Asie
La Corée du Sud et le Japon partagent l'organisation pour la première fois dans l'histoire. Dix stades coréens, dix stades japonais, une logistique sans précédent. La FIFA a choisi cette formule pour accélérer le développement du football en Asie. La décision sera critiquée, mais le résultat sportif — notamment la performance coréenne — lui donnera une légitimité inattendue.
L'édition réserve les surprises les plus folles de la phase de groupes depuis des décennies. La France championne en titre et tenante du titre est éliminée dès le premier tour sans marquer le moindre but — malgré Zidane, Thuram, Henry, Petit. L'Argentine, double finaliste sortante, s'incline face à l'Angleterre et la Suède dans le groupe de la mort. Le Sénégal, à sa première Coupe du Monde, bat la France au premier match et atteint les quarts de finale.
La Corée du Sud et la question arbitrale
La sélection coréenne dirigée par Guus Hiddink réalise le parcours le plus étonnant de la compétition. Huitièmes de finale : Corée bat Espagne 5-3 aux tirs au but. Quart de finale : Corée bat Italie 2-1 en prolongation, avec un but de Ahn Jung-hwan. Demi-finale : Corée bat Allemagne… non. Corée perd 0-1 contre l'Allemagne. Mais le chemin pour y arriver laisse des traces.
Contre l'Italie, Francesco Totti est expulsé pour simulation dans une action qui reste très contestée. Un but de Damiano Tommasi refusé pour hors-jeu. L'arbitre équatorien Byron Moreno est suspendu plusieurs matchs après le tournoi pour ses performances. Contre l'Espagne, deux buts espagnols sont annulés pour des décisions litigieuses. Les arbitrages ont alimenté des théories conspirationnistes qui n'ont jamais été prouvées. Ce qui est certain : la Corée du Sud est devenue la seule équipe asiatique à atteindre les demi-finales d'une Coupe du Monde.
La résurrection de Ronaldo
Ronaldo était revenu au Brésil après la finale 1998 diminué, blessé dans sa tête et dans son corps. Deux ruptures ligamentaires successives au genou droit en 1999 et 2000 l'avaient cloué. En 2002, au Real Madrid, il retrouvait son niveau. Le tournoi serait sa démonstration.
Huit buts en sept matchs. Un doublé en finale contre l'Allemagne — Ronaldo ouvre le score à la 67e minute sur une remise de Rivaldo, puis scelle le 2-0 à la 79e sur une déviation du gardien Oliver Kahn. C'est le seul gardien de l'histoire à remporter le Ballon d'Or d'un tournoi dans l'équipe perdante. Ses deux erreurs en finale avaient offert les buts à Ronaldo.
Le Brésil de Luiz Felipe Scolari gagne sans perdre le moindre match. Ronaldo termine avec seize buts en Coupe du Monde (record à l'époque). Sa coiffure — une touffe de cheveux en triangle au milieu d'un crâne rasé — devient la coupe de cheveux la plus imitée de la planète pendant six mois. Il a vingt-cinq ans et est déjà sacré trois fois meilleur joueur du monde.