L'été 1990, l'Italie chante. La chanson officielle du Mondial, Un'estate italiana — titre international : Notti magiche —, inonde les radios du pays depuis le mois de mai. Composition de Giorgio Moroder, paroles de Tom Whitlock, interprétée par Edoardo Bennato et Gianna Nannini. Elle deviendra l'une des mélodies les plus reconnaissables de l'histoire de la Coupe du Monde. La nostalgie qu'elle suscite est inversement proportionnelle à la qualité du football qu'elle a célébré.
Le tournoi le plus défensif de l'ère moderne
La Coupe du Monde 1990 marque le point le plus bas de la production offensive dans toute l'histoire de la compétition : 115 buts en 52 matchs, soit 2,21 buts par rencontre. Les équipes jouent bas, les défenses priment, les avant-centres sont bridés. La réforme des règles offensives sera engagée dès l'année suivante en réaction directe à ce tournoi : le gardien sera interdit de prendre le ballon des pieds de son défenseur à partir de 1992.
La grande déception africaine : le Cameroun et Roger Milla. L'attaquant de trente-huit ans (il avait falsifié son acte de naissance selon certaines sources, il aurait pu avoir quarante-deux ans) entre en jeu comme remplaçant et marque cinq buts. Le Cameroun atteint les quarts de finale — record africain jusqu'à 2002. Ils sont éliminés 3-2 après prolongation par l'Angleterre. Gazza pleure après son deuxième jaune — suspendu pour une finale qu'il ne jouera jamais.
Schillaci, l'improbable star
Salvatore Schillaci était inconnu du grand public avant le tournoi. Attaquant de la Juventus, vingtsept ans, il entre en jeu au second match de l'Italie contre les États-Unis et marque le seul but de la soirée. Il ne s'arrête plus. Six buts en six matchs. Meilleur buteur et meilleur joueur du tournoi. L'Italie, hôte, porte ses espoirs sur ses épaules maigres jusqu'en demi-finale, où elle affronte l'Argentine de Maradona à Naples.
La ville de Naples était la ville de Maradona : il jouait au Napoli depuis 1984, avait gagné deux titres de Serie A et aimait la ville éperdument. Il avait ouvertement suggéré aux Napolitains de soutenir l'Argentine plutôt que l'Italie dans cette demi-finale. L'Italie menait 1-0. Caniggia égalisait à la 67e minute. Tirs au but. L'Italie perdait. Schillaci pleurait. L'Italie entière pleurait. La chanson des notti magiche prenait une saveur amère.
La finale sans beauté
Le 8 juillet à Rome, la finale opposait l'Allemagne de l'Ouest à l'Argentine. Elle est considérée comme l'une des pires finales de l'histoire du football mondial. Pas un seul tir cadré pour l'Argentine en quatre-vingt-dix minutes. Deux expulsions côté argentin (Monzón à la 65e, Dezotti à la 87e). Un seul but, à la 85e minute, sur penalty d'Andreas Brehme après une faute sur Rudi Völler. 1-0. L'Allemagne remporte sa troisième étoile.
Maradona, capitaine de l'Argentine défaite, quitte le terrain en larmes sous les sifflets du Stadio Olimpico. C'est sa dernière finale de Coupe du Monde. Il participera au Mondial 1994 aux États-Unis, marquera un but contre la Grèce et sera suspendu pour contrôle positif à l'éphédrine. Il ne jouera plus jamais la Coupe du Monde. La statue du plus grand joueur de sa génération se brise ici, en deux temps, à Rome et à Foxboro.