Diego Maradona avait vingt-cinq ans, des cuisses de boxeur et le vestiaire de l'Albiceleste sur les épaules. En l'espace de cinq matchs à élimination directe, il signe l'une des performances individuelles les plus marquantes de l'histoire du football. Et offre à l'Argentine son deuxième sacre mondial.
Un Mondial mexicain, par défaut
Le tournoi n'aurait pas dû se tenir au Mexique. La Colombie, désignée hôte en 1974, jette l'éponge en novembre 1982 pour raisons économiques. La FIFA se tourne vers le Mexique, qui devient le premier pays à accueillir deux Coupes du Monde après son organisation de 1970. Vingt-quatre nations, douze stades, du 31 mai au 29 juin. La chaleur d'altitude — Mexico culmine à 2 240 mètres — pèsera sur tous les matchs joués en plein soleil.
Le tableau s'ouvre, l'Argentine pousse
L'Albiceleste de Carlos Bilardo sort sans trembler de son groupe (Italie, Bulgarie, Corée du Sud), avec un Maradona discret mais buteur. En huitièmes, l'Uruguay tombe 1-0 sous une frappe de Pasculli. Tout le monde attend Maradona, et c'est en quart, contre l'Angleterre, qu'il bascule dans la légende.
Vingt-deux juin 1986, Estadio Azteca, 51e minute
Le contexte est lourd. Quatre ans plus tôt, l'Argentine et le Royaume-Uni se sont fait la guerre dans les Malouines. Sept cent quarante-neuf morts argentins, deux cent cinquante-cinq britanniques. Sur le terrain, personne n'évoque ouvertement le sujet, mais tout le monde y pense.
À la 51e minute, Maradona s'élève au duel avec le gardien Peter Shilton et frappe le ballon du poing. L'arbitre tunisien Ali Bin Nasser n'a rien vu. But validé. Maradona dira plus tard que le but a été marqué « un peu de la tête de Maradona, et un peu de la main de Dieu ».
Quatre minutes plus tard, il récupère le ballon dans son propre camp, élimine Beardsley, Reid, Butcher, Fenwick puis Shilton, et conclut dans le but vide. Soixante mètres balle au pied, cinq Anglais battus en onze touches. La FIFA classera ce but comme le plus beau de l'histoire de la compétition par vote des supporters en 2002.
Lineker réduira le score à neuf minutes de la fin. Trop tard. 2-1 Argentine.
Belgique, puis l'Allemagne
En demi-finale, la Belgique ne pèse pas longtemps. Maradona inscrit un doublé en seconde période, le second à nouveau slalomé depuis la ligne médiane. 2-0.
La finale oppose l'Argentine à l'Allemagne de l'Ouest de Franz Beckenbauer. José Luis Brown marque de la tête sur coup franc, Jorge Valdano double la mise à la 55e minute. La RFA recolle par Rummenigge (74e) puis Völler (80e). À 2-2, à six minutes du terme, Maradona lance Burruchaga d'une passe millimétrée derrière la défense allemande. Burruchaga conclut. 3-2. L'Argentine est championne du monde pour la deuxième fois.
Les chiffres et les hommes
Gary Lineker termine meilleur buteur du tournoi avec six réalisations, devant Maradona et Careca (cinq buts chacun). Le Soulier d'Or va à Lineker, le Ballon d'Or du tournoi à Maradona — sans débat. La France de Platini, Tigana et Giresse termine troisième en battant la Belgique 4-2 dans le match de classement, vengeance des yeux pour le drame de Séville quatre ans plus tôt. Mais elle s'incline en demi-finale face à la RFA, dans un Guadalajara écrasé de chaleur, sur des buts de Brehme (9e) et Völler (88e).
Le Mexique 1986 marque aussi le retour du Maroc, premier pays africain à atteindre les huitièmes de finale d'une Coupe du Monde. Et l'enracinement de la Mexican Wave dans la culture populaire — c'est sur les gradins de l'Azteca qu'elle se popularise mondialement.
Pour l'Argentine, ce sera la dernière étoile pendant trente-six ans. Lionel Messi devra attendre Doha 2022 pour ramener le trophée à Buenos Aires.