Il est des matches où la beauté du football réside moins dans le jeu que dans la violence des enjeux. Celui-là en est un. Vendredi 26 juin, à 01h00 heure de Paris, l'Arrowhead Stadium de Kansas City accueille ce qui ressemble à la fois à une finale pour les uns et à une bouée de sauvetage pour les autres. La Tunisie, dos au mur, affronte des Pays-Bas qui, eux, jouent la première place du Groupe F. Deux logiques antagonistes, un seul match.
La Tunisie et le pari des meilleurs troisièmes : mathématiquement vivante, sportivement à reconstruire
Les chiffres sont impitoyables : zéro point, un seul but inscrit, huit encaissés, et une différence de buts de -8 en deux rencontres. La Tunisie de Sabri Lamouchi est lanterne rouge du Groupe F, très loin derrière ses concurrents. Elle a perdu 1-5 face à la Suède lors de la première journée, avant de sombrer 0-4 contre le Japon en J2. Ce n'est pas seulement un bilan comptable : c'est un constat de compétitivité qui inquiète.
Pour espérer continuer dans ce Mondial américain, les Aigles de Carthage n'ont qu'une option : gagner ce match, et espérer que les résultats des autres groupes leur soient favorables pour se glisser parmi les huit meilleurs troisièmes. Une place de troisième, même bonifiée d'une victoire surprise face aux Pays-Bas, ne suffirait pas mécaniquement à la qualification : encore faudrait-il que le bilan global soit suffisamment séduisant comparé aux autres nations terminant à la troisième place. Le chemin est étroit, pour ne pas dire illusoire.
Sur le plan sportif, la tâche est immense. Hannibal Mejbri, meneur de jeu et joueur le plus reconnu de cette sélection, devra hausser considérablement son niveau pour peser sur le match. Les jeunes Ismaël Gharbi et Khalil Ayari, 22 et 21 ans, ont montré des éclairs de talent en préparation, mais la réalité d'un Mondial exige davantage. Devant, Hazem Mastouri et Elias Achouri devront trouver des ressources que l'on n'a pas encore vues depuis le début du tournoi. La défense, elle, a été mise à rude épreuve par la Suède et le Japon : Montassar Talbi et Dylan Bronn auront fort à faire face à l'attaque néerlandaise.
Les Pays-Bas, leaders sous pression : la première place n'est pas encore dans la poche
Du côté oranje, l'ambiance est bien différente. Après un nul décevant face au Japon en ouverture (2-2), Ronald Koeman et ses hommes ont réagi de la meilleure des façons en écrasant la Suède 5-1 lors de la deuxième journée. Cette victoire bonifie un bilan de quatre points, identique à celui du Japon, mais avec une différence de buts légèrement supérieure grâce aux buts marqués. Les deux équipes sont donc à égalité parfaite en tête du groupe avant cette ultime journée.
La Oranje est en position de force, mais la qualification directe en tant que premier du groupe n'est pas encore actée. Si le Japon s'impose face à la Suède au même moment, le dénouement final dépendra des détails du classement. Les Pays-Bas ont donc tout intérêt à prendre les trois points contre la Tunisie pour s'assurer la première place, synonyme d'un tirage potentiellement plus favorable en huitièmes de finale.
Cody Gakpo, auteur d'une belle Copa del Mundo jusqu'ici, Memphis Depay et Justin Kluivert constituent une ligne d'attaque redoutable, que Wout Weghorst peut venir percuter en pointe. Au milieu, Tijjani Reijnders et Ryan Gravenberch apportent équilibre et qualité de relance, pendant que Virgil van Dijk — capitaine et roc défensif malgré ses 34 ans — veille au grain. Le collectif néerlandais a retrouvé sa fluidité contre la Suède, et l'on peut s'attendre à une équipe ambitieuse dès le coup d'envoi.
Un match asymétrique, mais pas sans danger pour la Oranje
Sur le papier, la hiérarchie est claire. Les Pays-Bas, 8es au classement FIFA, affrontent une équipe tunisienne 45e qui traverse une phase de groupes cauchemardesque. Mais le football est fait de ces rencontres où une équipe n'ayant plus rien à perdre se libère de toute pression et crée la surprise. La Tunisie n'a rien à perdre : elle peut aborder ce match avec une audace qu'elle n'avait peut-être pas face à la Suède ou au Japon.


