Le deuil s'invite dans la préparation des Bleus
Il y a des moments où le football, si grand soit-il, doit s'effacer devant l'essentiel. Didier Deschamps, sélectionneur de l'équipe de France depuis 2012 et architecte de deux finales de Coupe du monde — dont la victoire de 2018 en Russie —, a appris le décès de sa mère dans les heures qui ont suivi la victoire des Bleus contre l'Irak, le 22 juin. Une victoire nette, trois buts à zéro, qui aurait dû ouvrir sur une semaine de préparation sereine avant l'ultime journée de poules. La vie en a décidé autrement.
Le sélectionneur ne sera pas présent sur le banc vendredi soir lors du match France-Norvège, décisif pour la première place du Groupe I. Frappé dans son intimité la plus profonde, Deschamps a quitté le groupe pour rejoindre les siens. Il ne pourra pas non plus assurer les séances d'entraînement de la semaine. Une absence qui, au-delà de la dimension humaine, place le staff tricolore face à une organisation inédite dans cette Coupe du monde 2026.
Une équipe de France déjà qualifiée, mais avec un enjeu de taille
Le contexte sportif, lui, est limpide : la France a remporté ses deux premiers matchs du groupe, d'abord contre le Sénégal (3-1 le 16 juin), puis contre l'Irak (3-0 le 22 juin). Avec six points au compteur, les Bleus sont qualifiés pour les huitièmes de finale avant même de fouler la pelouse pour ce troisième match. Mais se qualifier n'est pas tout : terminer premier du Groupe I, c'est potentiellement éviter un adversaire de calibre supérieur dès le tour suivant, dans une compétition à 48 équipes où chaque ligne du tableau compte.
En face, la Norvège de Ståle Solbakken arrive avec ses propres certitudes. Après avoir écrasé l'Irak 4-1 puis renversé le Sénégal 3-2 le 23 juin, la sélection scandinave totalise également six points et se présente à cette confrontation directe dans une dynamique impressionnante. Erling Haaland, l'attaquant de Manchester City, 25 ans, et Martin Ødegaard, le milieu créateur d'Arsenal, 27 ans, forment le duo le plus redoutable que les défenseurs tricolores — Dayot Upamecano (Bayern Munich, 27 ans) et Ibrahima Konaté (Liverpool, 27 ans) en tête — auront à contenir depuis le début de la compétition. Ce match vaut la première place du groupe — rien de moins.
Qui pour remplacer Deschamps sur le banc ?
La question pratique se pose avec acuité. Le staff de l'équipe de France est rodé — des années de travail collectif autour de Deschamps —, mais le sélectionneur incarne une autorité et une lisibilité tactique que nul ne remplace à l'identique. Son adjoint devrait assurer l'intérim technique pour les entraînements comme pour la rencontre face à la Norvège, dans la droite ligne de ce que le groupe a construit depuis le début du tournoi. La continuité du système sera probablement la priorité : les Bleus ont affiché une cohérence de jeu rassurante lors de leurs deux sorties, et il serait contre-productif de bousculer les automatismes.
Sur le terrain, les hommes de confiance sont là. Kylian Mbappé, 27 ans, attaquant du Real Madrid, reste le patron offensif incontesté. Auteur d'une Coupe du monde 2022 historique — finale perdue aux tirs au but face à l'Argentine, mais trois buts en finale dont un triplé —, le capitaine des Bleus connaît le poids de ces moments. À ses côtés, Marcus Thuram, 28 ans, attaquant de l'Inter Milan, a confirmé depuis le début du tournoi sa capacité à peser sur les défenses adverses. Derrière eux, Aurélien Tchouaméni, 26 ans, le milieu défensif du Real Madrid, aura la charge d'éteindre Ødegaard avant même que l'Arsenaliste ne commence à distribuer. C'est lui, plus que quiconque, qui tiendra l'équilibre face à la créativité norvégienne.
La Norvège, adversaire sérieux pour une équipe de France privée de son chef
Il serait naïf de sous-estimer l'impact psychologique de l'absence de Deschamps. Dans le vestiaire, les joueurs sont des professionnels aguerris, mais perdre son entraîneur chef la semaine d'un match à enjeu crée forcément une perturbation, aussi légère soit-elle. La Norvège, classée 31e au ranking FIFA, n'a certes pas l'histoire de la France en Coupe du monde — quatre participations au total, avec un meilleur résultat en huitième de finale atteint en 1998 —, mais l'équipe de Solbakken joue un football direct, physique, porté vers l'avant, et elle a déjà montré dans ce tournoi qu'elle savait renverser des situations : menée ou bousculée, elle trouve des ressources.



