Shakira signe à nouveau l'hymne officiel du Mondial de foot - DR
Compétition

"Dai Dai" : Shakira peut-elle rééditer le succès de Waka Waka ?

Shakira signe à nouveau l'hymne officiel du Mondial de foot - DR

Seize ans après Waka Waka, Shakira signe à nouveau l'hymne officiel du Mondial. Avec Dai Dai, co-écrit avec Burna Boy, l'équation est séduisante — mais peut-elle vraiment égaler la chanson la plus diffusée de l'histoire de la Coupe du monde ?

LLa rédactionMis à jour le 13 mai 20265 min de lecture
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Le retour d'une reine sur le trône du Mondial

Il y a des destins qui repassent deux fois par la même porte. En 2010, depuis Johannesburg, une artiste colombienne avait transformé un stade de football en scène de danse planétaire. Son prénom : Shakira. Sa chanson : Waka Waka (This Time for Africa). Son impact : 4 milliards de vues sur YouTube, un record absolu pour un hymne de Coupe du monde, et une mélodie que l'on fredonnait encore des années après le coup de sifflet final. Seize ans plus tard, la FIFA a de nouveau frappé à sa porte pour la Coupe du Monde 2026, celle des États-Unis, du Canada et du Mexique — 48 équipes, 104 matchs, un continent entier en ébullition à partir du 11 juin.

La chanson s'appelle Dai Dai. Elle a été dévoilée il y a quelques jours, et dès les premières secondes de l'extrait publié, l'enjeu est clair : Shakira ne cherche pas à faire oublier Waka Waka, elle cherche à construire autre chose, avec d'autres couleurs, d'autres voix, une autre géographie musicale. Mais la question que tout le monde pose reste inévitable — peut-on faire deux fois un miracle du même genre ?

Dai Dai, une architecture musicale pensée pour 48 nations

Pour ce nouvel hymne, Shakira n'est pas seule. Elle s'est associée à Burna Boy, le géant nigérian de l'afrobeats, multiple lauréat de Grammy Awards, dont la carrière internationale a explosé ces dix dernières années. Le choix est cohérent avec l'esprit d'un tournoi qui, pour la première fois de son histoire, accueille 48 équipes et représente une diversité géographique sans précédent dans l'histoire de la compétition. Douze groupes, des nations d'Afrique, d'Asie centrale, des Caraïbes, d'Océanie — l'addition de la voix de Burna Boy, artiste emblématique du continent africain, n'est pas anodine.

C'est là que Shakira montre sa sophistication : elle ne convoque pas seulement une émotion populaire, elle tisse des liens entre des héritages musicaux que le football, lui aussi, a toujours su réunir. En cela, Dai Dai ambitionne d'être plus qu'un tube — une déclaration culturelle à l'échelle d'un tournoi continental qui se joue entre New York, Los Angeles, Mexico et Toronto.

Waka Waka, un étalon presque imbattable

Pourtant, l'ombre de Waka Waka plane lourd. Pour comprendre ce que Shakira avait réalisé en 2010, il faut rappeler quelques données brutes. La Coupe du monde d'Afrique du Sud fut non seulement historique sportivement — l'Espagne de Xavi et Iniesta y décrocha son premier titre mondial, le 11 juillet 2010 face aux Pays-Bas en finale (1-0, but d'Andrés Iniesta à la 116e minute) — mais elle fut aussi un événement culturel d'une ampleur inédite pour le continent africain. Waka Waka était au cœur de cette euphorie, portée par des millions de téléspectateurs dans 200 pays. Aucun hymne officiel de Mondial, avant ou après, n'a atteint une telle pénétration populaire.

En comparaison, les hymnes suivants — Wavin' Flag en 2010 côté Coca-Cola, We Are One en 2014 au Brésil, La La La la même année — ont eu une diffusion bien plus limitée dans la mémoire collective. La barre fixée par Waka Waka est donc objectivement l'une des plus hautes de l'histoire du marketing sportif et de la musique de grandes compétitions.

Le contexte 2026 : des atouts que 2010 n'avait pas

Mais 2026 n'est pas 2010, et plusieurs éléments jouent en faveur de Dai Dai. D'abord, l'audience. La Coupe du Monde 2026 sera la première à 48 équipes, avec 104 matchs disputés dans 16 stades répartis aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Les États-Unis représentent à eux seuls le marché de streaming musical le plus puissant de la planète. Si Dai Dai passe en boucle dans les stades américains entre le 11 juin et la finale du 19 juillet au MetLife Stadium du New Jersey, l'exposition sera gigantesque.

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Ensuite, la plateforme numérique a changé d'échelle. En 2010, YouTube existait depuis cinq ans à peine. En 2026, les algorithmes de TikTok, Spotify et Instagram Reels peuvent transformer un extrait de 15 secondes en phénomène mondial en 48 heures. Burna Boy, qui cumule des centaines de millions d'écoutes mensuelles sur les plateformes, apporte à Dai Dai une base de fans déjà considérable en Afrique subsaharienne, en Europe et aux États-Unis — une base que Shakira seule n'aurait peut-être pas activée aussi directement.

Enfin, il y a le symbole de la cohérence : que Shakira revienne sur la plus grande scène sportive du monde, seize ans après son premier hymne, ajoute une dimension romanesque que les algorithmes ne programment pas. C'est une histoire. Et les histoires, dans le football comme dans la musique, ont tendance à toucher plus fort que les calculs.

Le football offre déjà le décor idéal

Le Groupe I, où la France de Didier Deschamps, première nation au classement FIFA, affronte la Norvège d'Erling Haaland et le Sénégal de Sadio Mané, promet des soirées à couper les circuits. Le Groupe C réunit le Brésil et le Maroc, deux nations dont les fanbasés sont parmi les plus bruyants de la planète. Ces matchs, ces émotions, cette densité narrative — c'est la caisse de résonance idéale pour qu'un hymne s'incruste dans les mémoires.

Car un hymne de Mondial ne s'évalue pas seulement à sa qualité musicale intrinsèque. Il s'évalue à la façon dont il accompagne les images. Waka Waka est indissociable de la vuvuzela, des Bafana Bafana courant sur la pelouse du Soccer City, du visage incrédule des Espagnols brandissant le trophée. Dai Dai aura ses propres images, ses propres moments fondateurs — à condition que le tournoi lui-même produise cette magie.

Un succès réel, un record impossible à battre

Dai Dai sera un succès — la combinaison Shakira-Burna Boy, le cadre nord-américain, la puissance des plateformes numériques en 2026 et l'ampleur inédite du tournoi à 48 équipes le garantissent presque. Mais égaler Waka Waka dans la mémoire longue du football mondial ? C'est une autre affaire. Waka Waka bénéficiait d'un alignement de planètes rarissime : premier Mondial africain de l'histoire, artiste à son zénith mondial, époque où la chanson était encore l'unique format viral de masse. Ce type de conjonction ne se reproduit pas sur commande.

Ce que Dai Dai peut faire — et c'est déjà beaucoup — c'est confirmer que Shakira est la seule artiste de l'ère moderne à avoir signé deux hymnes officiels de la Coupe du monde FIFA. Un record dans le record. Et dans le football, on sait depuis longtemps que les records, même ceux que l'on croyait éternels, finissent toujours par trouver leur successeur.

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