Le retour d'une reine sur le trône du Mondial
Il y a des destins qui repassent deux fois par la même porte. En 2010, depuis Johannesburg, une artiste colombienne avait transformé un stade de football en scène de danse planétaire. Son prénom : Shakira. Sa chanson : Waka Waka (This Time for Africa). Son impact : 4 milliards de vues sur YouTube, un record absolu pour un hymne de Coupe du monde, et une mélodie que l'on fredonnait encore des années après le coup de sifflet final. Seize ans plus tard, la FIFA a de nouveau frappé à sa porte pour la Coupe du Monde 2026, celle des États-Unis, du Canada et du Mexique — 48 équipes, 104 matchs, un continent entier en ébullition à partir du 11 juin.
La chanson s'appelle Dai Dai. Elle a été dévoilée il y a quelques jours, et dès les premières secondes de l'extrait publié, l'enjeu est clair : Shakira ne cherche pas à faire oublier Waka Waka, elle cherche à construire autre chose, avec d'autres couleurs, d'autres voix, une autre géographie musicale. Mais la question que tout le monde pose reste inévitable — peut-on faire deux fois un miracle du même genre ?
Dai Dai, une architecture musicale pensée pour 48 nations
Pour ce nouvel hymne, Shakira n'est pas seule. Elle s'est associée à Burna Boy, le géant nigérian de l'afrobeats, multiple lauréat de Grammy Awards, dont la carrière internationale a explosé ces dix dernières années. Le choix est cohérent avec l'esprit d'un tournoi qui, pour la première fois de son histoire, accueille 48 équipes et représente une diversité géographique sans précédent dans l'histoire de la compétition. Douze groupes, des nations d'Afrique, d'Asie centrale, des Caraïbes, d'Océanie — l'addition de la voix de Burna Boy, artiste emblématique du continent africain, n'est pas anodine.
C'est là que Shakira montre sa sophistication : elle ne convoque pas seulement une émotion populaire, elle tisse des liens entre des héritages musicaux que le football, lui aussi, a toujours su réunir. En cela, Dai Dai ambitionne d'être plus qu'un tube — une déclaration culturelle à l'échelle d'un tournoi continental qui se joue entre New York, Los Angeles, Mexico et Toronto.
Waka Waka, un étalon presque imbattable
Pourtant, l'ombre de Waka Waka plane lourd. Pour comprendre ce que Shakira avait réalisé en 2010, il faut rappeler quelques données brutes. La Coupe du monde d'Afrique du Sud fut non seulement historique sportivement — l'Espagne de Xavi et Iniesta y décrocha son premier titre mondial, le 11 juillet 2010 face aux Pays-Bas en finale (1-0, but d'Andrés Iniesta à la 116e minute) — mais elle fut aussi un événement culturel d'une ampleur inédite pour le continent africain. Waka Waka était au cœur de cette euphorie, portée par des millions de téléspectateurs dans 200 pays. Aucun hymne officiel de Mondial, avant ou après, n'a atteint une telle pénétration populaire.
En comparaison, les hymnes suivants — Wavin' Flag en 2010 côté Coca-Cola, We Are One en 2014 au Brésil, La La La la même année — ont eu une diffusion bien plus limitée dans la mémoire collective. La barre fixée par Waka Waka est donc objectivement l'une des plus hautes de l'histoire du marketing sportif et de la musique de grandes compétitions.
Le contexte 2026 : des atouts que 2010 n'avait pas
Mais 2026 n'est pas 2010, et plusieurs éléments jouent en faveur de Dai Dai. D'abord, l'audience. La Coupe du Monde 2026 sera la première à 48 équipes, avec 104 matchs disputés dans 16 stades répartis aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Les États-Unis représentent à eux seuls le marché de streaming musical le plus puissant de la planète. Si Dai Dai passe en boucle dans les stades américains entre le 11 juin et la finale du 19 juillet au MetLife Stadium du New Jersey, l'exposition sera gigantesque.



