Au Lumen Field de Seattle, le rideau tombe sur le Groupe B avec un affrontement qui, sur le papier, ne concernait pas les favoris. Canada et Suisse ont déjà validé leur billet pour les 16es de finale, chacun avec quatre points après deux journées. Reste donc ce duel de lanterne rouge entre la Bosnie-Herzégovine et le Qatar, deux équipes à un point, séparées uniquement par la différence de buts. Un seul ticket est encore disponible, et encore, rien n'est garanti : celui de troisième du groupe, qui ouvre la porte au repêchage parmi les huit meilleurs troisièmes de la compétition.
Une Bosnie meurtrie par la Suisse, mais pas encore morte
Les Dragons ont traversé une phase de groupes en demi-teinte. Après un nul arraché 1-1 face au Canada lors de la première journée, la sélection de Sergej Barbarez s'est effondrée contre la Suisse lors de la deuxième journée, concédant une lourde défaite 1-4. Le bilan est sévère : un seul point, une différence de buts à -3, et une confiance forcément entamée. Pourtant, la Bosnie n'est pas éliminée. Elle respire encore, mais par un tout petit trou.
Ce que l'on a retenu de ces deux premières sorties, c'est une équipe capable de produire du jeu offensif par séquences — Ermedin Demirović et Edin Džeko ont chacun pesé sur les défenses adverses à des moments du tournoi — mais trop fragile défensivement pour encaisser les accélérations des grosses cylindrées. Contre le Qatar, profil sensiblement différent, la Bosnie aura l'occasion de montrer un autre visage. Sead Kolašinac, expérimenté en défense centrale gauche, devra apporter la stabilité qui a cruellement manqué face aux Suisses. Nikola Vasilj dans les cages aura lui aussi à cœur de limiter les dégâts si la Bosnie aspire à une différence de buts favorable.
Le scénario idéal pour les Bosniens est simple à formuler, difficile à exécuter : gagner, et gagner bien, pour espérer que leur bilan de troisième soit suffisamment séduisant par rapport aux autres groupes. Un nul ne ferait qu'entretenir le suspense, mais affaiblirait leurs chances dans la course au repêchage compte tenu de leur différence de buts actuelle.
Le Qatar, fantôme de lui-même après la déroute canadienne
Si la Bosnie a souffert, le Qatar, lui, a été humilié. La sélection de Julen Lopetegui a encaissé six buts face au Canada lors de la deuxième journée, une déroute 0-6 qui a anéanti le peu de crédit accumulé après le nul 1-1 obtenu contre la Suisse à la première journée. Un but marqué en deux matchs, six encaissés lors du seul dernier : les chiffres sont accablants pour une équipe qui évoluait pourtant à domicile dans l'âme du football mondial il y a quelques années.
Lopetegui, technicien expérimenté, doit recoller les morceaux d'un groupe visiblement dépassé par l'intensité physique de ce Mondial. Akram Afif, l'attaquant le plus en vue du Qatar, et Edmilson Junior devront hausser le niveau si l'équipe veut espérer quoi que ce soit à Seattle. Mais le problème n'est pas seulement offensif : la défense qatarie a montré des lacunes béantes, et les joueurs évoluant tous dans le championnat qatari peinent à s'adapter au rythme d'une Coupe du Monde disputée face à des adversaires européens ou américains au meilleur de leur forme.
Pour le Qatar, l'équation est identique à celle de la Bosnie : seule la victoire peut maintenir mathématiquement l'espoir d'un repêchage. Mais avec une différence de buts à -6, même en cas de succès, il faudra compter sur les résultats des autres groupes pour espérer figurer parmi les huit meilleurs troisièmes. C'est mince, très mince.
La course aux meilleurs troisièmes : ce que vaut vraiment ce match
Le format de cette Coupe du Monde à 48 équipes offre une bouée de sauvetage : les huit meilleurs troisièmes des douze groupes accèdent aux 16es de finale. C'est précisément ce qui maintient Bosnie et Qatar en vie. Mais cette bouée a un prix : il ne suffit pas de finir troisième, il faut le faire avec de bons arguments — points, différence de buts, buts marqués — face aux autres troisièmes de la compétition.



