Lionel Messi avait trente-cinq ans, quatre Ligues des Champions, sept Ballons d'Or et toujours pas de Coupe du Monde. Trente-six ans après Maradona, l'Albiceleste vivait dans l'attente. À Doha le 18 décembre 2022, dans la finale la plus spectaculaire de l'histoire de la compétition, Messi a fait taire le doute et rejoint son maître au panthéon argentin.
Un Mondial d'hiver, dans la controverse
Pour la première fois, la Coupe du Monde se joue en novembre-décembre. Le Qatar, qui a obtenu l'organisation en 2010 dans des conditions qui restent contestées, ne pouvait pas accueillir l'événement en juin-juillet à cause des cinquante degrés. Les chaînes diffusent en plein hiver européen, en pleine saison des grands championnats. Sept stades sortis du désert, dont le Lusail Iconic Stadium de 88 000 places construit pour accueillir la finale. La compétition se déroule dans un rayon de 70 kilomètres autour de Doha, du jamais vu.
Le coût humain de la construction des stades, les conditions de travail des ouvriers migrants, la situation des droits humains au Qatar : la presse occidentale n'épargne pas le tournoi. Plusieurs sélectionneurs et joueurs annoncent vouloir afficher des messages politiques sur le terrain, avant que la FIFA ne menace de sanctions sportives.
Le séisme du 22 novembre
Argentine – Arabie saoudite, premier match du groupe C. L'Albiceleste sort d'une série de trente-six matchs sans défaite et est annoncée favorite de l'épreuve. À la 10e minute, Messi ouvre le score sur penalty. Tout est sous contrôle. Trois buts argentins refusés pour hors-jeu en première période.
À la reprise, les Saoudiens égalisent par Saleh Al-Shehri (48e), puis Salem Al-Dawsari, frappe enroulée du droit dans la lucarne, donne l'avantage à son équipe à la 53e minute. Score final : Argentine 1-2 Arabie saoudite. Plus grosse surprise depuis Cameroun-Argentine 1990. La planète foot bascule. Les Bleus, eux, démarrent en battant l'Australie 4-1, Mbappé déjà décisif.
Le Maroc, premier africain en demi-finale
Le tournoi va alors révéler sa surprise majeure. Le Maroc de Walid Regragui sort de son groupe en battant la Belgique 2-0 et fait match nul contre la Croatie. En huitièmes, ils éliminent l'Espagne aux tirs au but (3-0 après 0-0). En quart, ils battent le Portugal de Cristiano Ronaldo 1-0 sur un coup de tête de Youssef En-Nesyri. Premier pays africain à atteindre les demi-finales d'une Coupe du Monde. Ils tombent face à la France 2-0 en demi (Hernandez 5e, Kolo Muani 79e), avant de perdre la petite finale contre la Croatie 2-1.
Lusail, 18 décembre, la finale du siècle
L'Argentine domine la première période. À la 23e minute, faute de Dembélé sur Di María dans la surface : penalty. Messi transforme. À la 36e, contre-attaque conduite par Mac Allister, Messi sert Di María dans la surface, qui pousse le ballon dans le but vide. 2-0. La France ne tire pas une fois cadré pendant les soixante-dix premières minutes. Deschamps fait sortir Giroud et Dembélé à la pause.
À la 80e, Kolo Muani gagne un penalty face à Otamendi. Mbappé transforme. Quatre-vingt-dix-sept secondes plus tard, à la 81e minute, Mbappé reprend de volée un centre venu de la droite. 2-2. Le Lusail bascule.
La prolongation, les tirs au but
Cent-huitième minute. Messi récupère un ballon repoussé par Hugo Lloris après une frappe de Lautaro Martínez et conclut au sol. 3-2. Le titre semble acquis pour l'Albiceleste. À la 118e, Montiel touche le ballon du bras dans la surface. Penalty pour la France. Mbappé transforme une troisième fois. 3-3. Premier triplé en finale de Coupe du Monde depuis Geoff Hurst en 1966.
Tirs au but. Mbappé marque, Coman voit sa frappe sortie par Emiliano Martínez, Tchouaméni envoie à côté. Côté argentin, Messi, Dybala et Paredes ne tremblent pas. Gonzalo Montiel offre la troisième étoile à son pays d'une frappe pleine lucarne. 4-2.
Messi rejoint Maradona
Mbappé termine meilleur buteur du tournoi avec huit réalisations. Soulier d'Or. Messi marque sept fois sur sept matchs et reçoit le Ballon d'Or pour la deuxième fois en Coupe du Monde. Enzo Fernández, vingt-et-un ans, milieu de Benfica, élu meilleur jeune. Emiliano Martínez gardien de la compétition.
L'Argentine ramène la coupe à Buenos Aires trente-six ans après l'épopée Maradona. Messi, lui, peut enfin tenir le trophée qu'il poursuivait depuis 2006. Il prendra sa retraite internationale après la Copa América 2024, sans jamais être revenu sur le terrain pour un tournoi majeur. Mbappé, vingt-trois ans, repart avec un triplé, le Soulier d'Or et l'amertume d'une finale perdue. La revanche, peut-être, en 2026.