Il y a d'abord l'histoire du chien. En mars 1966, la Coupe Jules Rimet est volée lors d'une exposition philatélique à Londres. Scotland Yard mène l'enquête. Une semaine plus tard, un chien nommé Pickles la découvre enveloppée dans du journal sous un buisson à Norwood. L'Angleterre pousse un soupir de soulagement collectif. Quatre mois après, elle gagnait le tournoi. Certains y ont vu un présage.
Eusébio et le Portugal
La grande révélation de 1966 n'est pas l'Angleterre. C'est le Portugal. Eusébio da Silva Ferreira, né au Mozambique, attaquant de Benfica Lisbonne, explose sur la scène mondiale avec neuf buts en six matchs. Contre la Corée du Nord en quart de finale, le Portugal se retrouve mené 3-0 à la mi-temps. Eusébio marque quatre buts en deuxième période. Le Portugal gagne 5-3 et continue sa route jusqu'aux demi-finales, où l'Angleterre le bat 2-1 grâce à Bobby Charlton. Eusébio sort du terrain en pleurs. Il sera sacré Ballon d'Or 1965 et reste, encore aujourd'hui, le joueur le plus titré de l'histoire portugaise avant Cristiano Ronaldo.
La Corée du Nord, pour sa part, restera l'une des plus grandes surprises de l'histoire de la compétition : éliminée au premier tour après avoir battu l'Italie 1-0 lors d'un match qui provoqua une émeute à l'aéroport de Rome au retour des joueurs italiens.
L'Angleterre sans fioritures d'Alf Ramsey
Alf Ramsey, sélectionneur de l'Angleterre depuis 1963, avait promis publiquement que son équipe gagnerait la Coupe du Monde à domicile. La promesse paraissait présomptueuse. Elle s'avéra exacte. Ramsey joue sans ailiers vrais — son système, baptisé les wingless wonders, repose sur la densité au milieu et l'intelligence collective. Bobby Charlton et Bobby Moore sont les pièces maîtresses. Roger Hunt, Jimmy Greaves, et un certain Geoff Hurst complètent l'attaque.
L'Angleterre bat l'Uruguay 0-0 au premier tour, puis monte en puissance. En finale, face à la RFA, elle mène 2-1 avant que les Allemands n'égalisent dans le temps additionnel. Prolongation.
Le but fantôme et le triplé de Hurst
À la 98e minute, Geoff Hurst frappe le poteau transversal. Le ballon rebondit dans la surface de réparation, sur ou derrière la ligne de but — personne n'est sûr. L'arbitre suisse Gottfried Dienst consulte son juge de touche soviétique, Tofiq Bakhramov. Ce dernier indique but. L'Angleterre mène 3-2. L'analyse cinématographique, puis numérique, des images disponibles n'a jamais permis de trancher définitivement. Le But de Wembley est entré dans la légende footballistique mondiale comme le litige le plus célèbre et le plus indécidable de l'histoire du sport.
À la 120e minute, alors que des supporters anglais envahissent déjà le terrain — convaincus que le coup de sifflet final venait de retentir — Hurst reçoit le ballon dans le rond central et frappe en force dans le but vide. 4-2. Triplé. Le seul de l'histoire d'une finale de Coupe du Monde. Bobby Moore soulève le trophée sous une ovation à Wembley. L'Angleterre n'a plus jamais gagné une Coupe du Monde depuis.