Kylian Mbappé à l'entraînement avec l'équipe de France (Iconsport)
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Mbappé face à la Suède : le capitaine entre en scène

Kylian Mbappé à l'entraînement avec l'équipe de France (Iconsport)

France-Suède au MetLife Stadium : Kylian Mbappé s'avance vers le premier match couperet de ce Mondial 2026, porté par trois victoires en poules et l'exigence absolue du capitanat.

LLa rédactionMis à jour à 09h4510 min de lecture
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L'heure des comptes au New Jersey

Il y a des matchs qui ne ressemblent à aucun autre. Des soirs où le football cesse d'être un sport pour devenir quelque chose de plus grave, de plus essentiel. Le 30 juin 2026, au MetLife Stadium de New Jersey — cette enceinte de 82 500 places qui accueillera également la finale du tournoi le 19 juillet —, la France de Didier Deschamps entre dans la phase décisive de la Coupe du Monde. En face : la Suède de Graham Potter. Un adversaire solide, organisé, capable de mettre cinq buts au Japon… et d'en prendre autant face aux Pays-Bas. Et au cœur de tout, comme toujours depuis plusieurs années maintenant, il y a lui. Numéro 10. Capitaine. Kylian Mbappé.

Quarante-huit équipes ont pris le départ de ce Mondial américain, le premier de l'histoire à ce format. Sur les douze groupes, la France a traversé le sien avec une autorité qui ne souffre aucune discussion : trois victoires, dix buts inscrits, un seul concédé. Victoire 3-1 contre le Sénégal le 16 juin, 3-0 contre l'Irak le 22, puis 4-1 face à la Norvège le 26. Les Bleus arrivent ici en pleine confiance, classés troisièmes au ranking FIFA mondial, et pourtant c'est maintenant que tout commence vraiment. Parce qu'en phase finale de Coupe du Monde, le passé ne compte plus. Seul l'instant présent a de la valeur.

Le poids du brassard

Kylian Mbappé a 27 ans. Il a déjà tout vécu ou presque : une Coupe du Monde soulevée à 19 ans en 2018 face à la Croatie, une finale perdue aux tirs au but en 2022 contre l'Argentine malgré un triplé de légende dans les dernières minutes — des performances qui suffiraient à bâtir une carrière entière. Mais le capitanat impose une autre lecture de chaque tournoi. On ne juge plus seulement ses buts, ses dribbles, ses éclairs de génie. On l'évalue sur sa capacité à porter un groupe quand la pression devient intenable, à trouver le geste décisif quand le match se ferme, à incarner quelque chose de plus grand que lui-même.

Ce rôle, Mbappé l'assume avec une maturité croissante. Deschamps a construit une équipe taillée autour de ses qualités — sa vitesse, sa capacité à éliminer en un contre un, sa présence dans la surface — tout en lui adjoignant des complémentaires de premier plan. Marcus Thuram, 28 ans, attaquant de l'Inter Milan, lui offre une présence physique dans l'axe qui libère des espaces. Michael Olise, 24 ans, ailier du Bayern Munich, lui apporte la créativité et l'imprévisibilité sur le côté droit. Aurélien Tchouaméni, 26 ans, du Real Madrid, sécurise le milieu pour que les attaquants puissent prendre des risques offensifs. Et quand Deschamps cherche un impact de banc, il dispose de Bradley Barcola, 23 ans, du PSG, ou d'Ousmane Dembélé, 29 ans, pour créer du surnombre dans les dernières minutes. Tout est pensé pour que Mbappé brûle, frappe, décide.

Mais le format éliminatoire change tout. Un seul match, pas de droit au temps mort, pas de lendemain. Et contre la Suède, 38e au classement FIFA mais résolument difficile à manœuvrer sous Potter, l'espace sera compté au millimètre.

Un début de tournoi solide, pas encore étincelant

Soyons honnêtes : Mbappé n'a pas encore atteint sa forme de croisière dans ce Mondial. Il a pesé sur chaque rencontre, bien sûr — sa seule présence sur le terrain provoque des réorganisations défensives adverses qui profitent à l'ensemble du collectif —, mais les éclairs purs, les accélérations qui déchirent les lignes, les frappes de loin qui rentrent dans le petit filet, on les attend encore pleinement. La phase de poules lui a davantage servi de rodage que de démonstration.

Ce n'est pas un aveu de faiblesse. C'est presque une constante dans sa carrière internationale : Mbappé monte en puissance au fur et à mesure que la compétition se densifie. En 2018, il était déjà présent en poules — buteur face au Pérou —, mais c'est à partir des huitièmes de finale contre l'Argentine qu'il a explosé, inscrivant deux buts et provoquant le penalty du 2-1 dans une performance qui a annoncé au monde entier qu'un nouveau roi était né. En 2022, malgré une finale crève-cœur, il avait terminé meilleur buteur du tournoi avec huit réalisations, dont six à partir des huitièmes de finale.

La phase éliminatoire est son terrain naturel. Et si l'on cherche un signe encourageant avant la Suède, c'est précisément celui-là : Mbappé n'a pas encore livré son match de référence dans ce Mondial 2026. Il reste quelque chose en réserve. Quelque chose de potentiellement dévastateur.

Le piège suédois : Potter a fait ses devoirs

Ne sous-estimons pas la Suède. Graham Potter — entraîneur britannique connu pour sa rigueur tactique et son sens de l'organisation défensive — a construit une équipe qui sait exactement ce qu'elle fait. La trajectoire en poules est révélatrice : une ouverture tonitruante 5-1 contre la Tunisie, puis une correction 1-5 face aux Pays-Bas qui aurait pu enterrer la qualification, avant un nul arraché 1-1 contre le Japon pour passer en 16es. Irrégulière, certes. Mais capable de produire du grand football par éclairs, et de souffrir sans mourir.

Viktor Gyökeres, 28 ans, attaquant d'Arsenal, est l'homme à surveiller dans l'autre sens — un profil de buteur complet, puissant, technique, qui peut punir la moindre erreur française. Alexander Isak, 26 ans, attaquant de Liverpool, lui est associé dans un duo qui a fait des ravages en Premier League ces dernières saisons. Sur le plan défensif, Victor Lindelöf, 31 ans, défenseur d'Aston Villa, organise une arrière-garde expérimentée aux côtés d'Isak Hien, 27 ans, de l'Atalanta. Et Lucas Bergvall, 20 ans, milieu de Tottenham, apporte l'énergie et l'intelligence de jeu au cœur du dispositif — le genre de profil qui peut casser un rythme à lui seul.

La Suède devrait se présenter dans un bloc médian-bas face à la France, cherchant à fermer les espaces dans l'axe pour forcer les Bleus à jouer sur les côtés. L'objectif sera de neutraliser Mbappé en lui refusant la profondeur — son carburant principal — et de le contraindre à recevoir le ballon dos au but dans des zones peu dangereuses. C'est une stratégie rodée contre lui : plusieurs équipes l'ont tentée en club comme en sélection, avec des résultats variables.

Le vrai piège suédois pour Mbappé, c'est la discipline collective. Potter ne joue pas au football romantique. Il organise, compacte, presse par phases, et attend son heure sur contre-attaque. Pour un attaquant comme Mbappé, friand d'espaces dans le dos de la défense, l'absence de profondeur peut créer une forme de frustration qui, si elle n'est pas gérée intelligemment, peut nuire à son efficacité et à celle de l'ensemble de l'attaque française. Anthony Elanga, 24 ans, de Newcastle, pourrait lui aussi poser des problèmes dans le dos de Malo Gusto sur le couloir droit français.

Les clés : mouvement, décalage, verticale

Comment Deschamps peut-il armer Mbappé contre ce dispositif ? Plusieurs pistes se dessinent. La première : l'utilisation systématique de Thuram dans l'axe pour fixer Lindelöf et Hien, et libérer des couloirs dans lesquels Mbappé peut s'engouffrer. Le numéro 9 intériste a une capacité rare à tenir le ballon dos au but sous pression et à dévier en une touche pour les attaquants en mouvement — exactement ce dont a besoin Mbappé pour exprimer sa vitesse sans avoir à partir de positions statiques.

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La deuxième clé sera dans les transitions. La Suède voudra contre-attaquer avec Gyökeres et Isak, ce qui signifie qu'il y aura des moments où les équipes seront étalées sur le terrain, des espaces francs ouverts entre les lignes. C'est là que Mbappé est le plus dangereux — pas quand il doit gratter un mètre contre un défenseur en place, mais quand il peut lancer sa vitesse dans un couloir déjà ouvert. Tchouaméni et Manu Koné, 25 ans, milieu de l'AS Rome, devront avoir l'intelligence de le lancer vite et juste dans ces instants, avant que le bloc suédois ne se replace.

Troisième facteur : Olise. Le joueur du Bayern Munich a démontré lors de la phase de poules une capacité à créer du surnombre sur le côté droit qui décale mécaniquement les structures défensives adverses. Si Olise parvient à prendre un ou deux défenseurs suédois dans son dribble — Daniel Svensson, 24 ans, de Dortmund, sera probablement en face —, il ouvre des angles pour Mbappé côté gauche que même la défense la mieux organisée aura du mal à couvrir simultanément.

2018, 2022 : la mémoire des grands soirs

Il faut parler de l'histoire, parce qu'elle n'est pas qu'un décor — elle est une donnée tactique à part entière. En 2018, à Kazan, face à l'Argentine de Messi en huitièmes de finale, un jeune homme de 19 ans avait répondu à toutes les attentes en inscrivant deux buts et en étant le joueur le plus rapide du match, atteignant les 38 km/h sur plusieurs courses. Ce jour-là, Mbappé avait basculé d'espoir en certitude. L'équipe de France n'était plus dépendante de lui — il était devenu son moteur.

Quatre ans plus tard, à Lusail, en finale contre l'Argentine, malgré la défaite (3-3 après prolongations, puis 2-4 aux tirs au but), Mbappé avait signé l'une des performances individuelles les plus incroyables de l'histoire récente des Coupes du Monde. Un triplé dans une finale mondiale — seul Geoff Hurst, en 1966 avec l'Angleterre, avait réussi pareille performance. Et si la nuit s'était terminée en larmes, c'est parce que l'équipe avait décroché collectivement, pas parce que Mbappé avait failli.

Ces deux dates — 2018 et 2022 — dessinent un profil rare : celui d'un joueur qui s'élève quand les enjeux montent. Qui ne recule pas devant la pression mais s'en nourrit, la transforme en carburant. En 2026, à 27 ans, dans ce qui est probablement son apogée physique et sa maturité tactique maximale, Mbappé aborde ces 16es de finale comme le moment pour lequel il s'est préparé depuis des mois.

Guide, pas spectateur

Didier Deschamps a souvent répété que la France n'est pas l'équipe de Mbappé, mais que Mbappé est au cœur de l'équipe de France. La nuance est essentielle. Elle dit quelque chose sur la façon dont le sélectionneur construit son projet : un collectif soudé, des milieux capables de défendre et d'attaquer, des défenseurs comme Dayot Upamecano, 27 ans, du Bayern Munich, ou Jules Koundé, 27 ans, du Barça, qui permettent de jouer haut et de récupérer vite, et dans cet édifice, un attaquant-capitaine qui prend les responsabilités quand le match l'exige. Derrière les buts, Brice Samba, 32 ans, du Stade Rennais, a jusqu'ici tenu la boutique avec sérieux — un seul but encaissé en poules.

Face à la Suède, le match l'exigera sans doute. Pas nécessairement dès la première minute — Potter sera prudent, organisé, patient. Mais à un moment dans ce match au MetLife Stadium, il y aura un espace, un éclair, une seconde d'inattention entre Lindelöf et Hien. Et c'est là que Mbappé devra être. Prêt. Décisif. Comme en 2018 face à l'Argentine. Comme en 2022 face à tout le monde.

Mon pronostic : les Bleus s'en sortent, 2-0, avec un Mbappé enfin libéré des enjeux de poules. Mais si la Suède tient jusqu'à la 70e minute, méfiez-vous : Gyökeres et Isak ont la capacité de punir n'importe quelle défense sur un contre. Ce match a le potentiel de basculer dans un sens ou dans l'autre en trente secondes. Ce serait presque dommage que ce soit autrement.

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