Trois victoires, dix buts marqués en comptant les amicaux de préparation, Mbappé en mode propriétaire du ballon et une défense qui n'a vraiment tremblé que le temps d'un amical perdu contre la Côte d'Ivoire — un résultat qu'on préfère ranger dans le tiroir « accident de parcours » et ne plus jamais en parler. La France aborde ce seizième de finale au MetLife Stadium avec la désinvolture tranquille d'une équipe qui a écrasé la Norvège 4-1 lors de son dernier match de groupe. Difficile de feindre l'inquiétude.
5-1, puis 1-1 : le grand huit émotionnel suédois
La Suède, de son côté, a offert à ses supporters un voyage en montagnes russes dont ils se seraient volontiers passés. Victoire spectaculaire 5-1 contre la Tunisie pour ouvrir le tournoi, puis gifle 1-5 contre les Pays-Bas, puis nul 1-1 contre le Japon pour arracher in extremis la qualification. Graham Potter — oui, l'ancien coach de Chelsea dont le passage en Premier League avait laissé des traces mitigées — tente de faire tenir ensemble un groupe talentueux mais irrégulier. Brillant un soir, transparent le suivant : on a connu des cartes de visite plus rassurantes à l'approche d'un match couperet.
Ce qui est certain, c'est que les Suédois ont des atouts offensifs réels. Viktor Gyökeres, fraîchement débarqué d'Arsenal, et Alexander Isak, que Liverpool s'est offert à prix d'or, forment une association capable de faire mal à n'importe quelle défense européenne sur un mauvais jour. Anthony Elanga sur le côté ajoute de la vitesse, Lucas Bergvall de la créativité à seulement 20 ans. Le problème, c'est que la défense suédoise ressemble par moments à une passoire de luxe — et que la France, justement, excelle à trouver les trous dans les passoires.
Mbappé & co. : quand le favori a faim
Du côté français, l'appétit est là. Kylian Mbappé semble enfin libéré des turbulences qui avaient alourdi son Euro 2024, et il n'est pas seul : Ousmane Dembélé dans un bon jour est capable de rendre n'importe quel latéral gauche claustrophobe, Michael Olise apporte un danger constant, et Marcus Thuram pèse dans la surface comme il sait le faire à l'Inter. Le milieu, avec Tchouaméni et Manu Koné, offre un équilibre que les Bleus n'avaient pas toujours eu par le passé. Même Kanté, à 35 ans, est là pour rappeler à ses coéquipiers que récupérer des ballons, ça ne prend pas de rides.
La défense bleue, elle, n'a pas vacillé sérieusement depuis le début du tournoi. Upamecano, Konaté, Koundé, Gusto — un quatuor qui a visiblement décidé que le match contre la Côte d'Ivoire en amical servirait de piqûre de rappel et pas de tendance lourde. Face à une Suède capable de souffler le chaud et le froid, le bloc défensif français paraît bien armé.
Le piège scandinave et la dramaturgie du tout-ou-rien
C'est là que la prudence s'invite malgré tout. Un 16e de finale, c'est un match à élimination directe : le perdant prend l'avion, le gagnant continue. Ce format a un don particulier pour transformer les certitudes en anecdotes douloureuses. L'histoire de la Coupe du Monde regorge de favoris qui ont trébuché au premier tour à élimination directe contre une équipe que personne n'avait mise dans ses favoris. Rappelons-le avec un sourire en coin, sans nommer les victimes — elles se reconnaîtront.
La Suède, avec un Isak et un Gyökeres au complet, peut piquer sur transition. Si la France entre dans ce match avec la même suffisance tranquille qu'un candidat qui révise ses fiches à moitié, elle pourrait souffrir. Mais — et c'est là que le bilan de forme reprend ses droits — les trois victoires consécutives des Bleus en phase de groupes, dont une large contre la Norvège qui est quand même 31e mondiale, ne sont pas des coïncidences.
Le verdict, assumé et sans garantie
Les cotes parlent clairement : France à 1.27, nul à 6.25, Suède à 12.00. Ce n'est pas une ligne de paris, c'est presque un jugement de valeur. La victoire française est le scénario le plus probable, et tout indique que les Bleus devraient imposer leur rythme. Une victoire 2-0 ou 3-1 serait dans la continuité logique du tournoi français — avec suffisamment de buts pour que ça reste plaisant et suffisamment de maîtrise pour qu'on ne se ronge pas les ongles.
Pronostic : victoire de la France. Pour les amateurs de buts, miser sur le fait que les deux équipes marquent reste tentant — la Suède a prouvé qu'elle pouvait trouver le chemin des filets, même dans les mauvais soirs. Mais une victoire suédoise ou un nul exigerait une série de coïncidences dont la probabilité relève davantage du conte de fées que de l'analyse sportive. Ce qui ne veut pas dire que ça ne peut pas arriver. C'est la Coupe du Monde. Et c'est pour ça qu'on regarde.
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