Stephan, Deschamps et Raviot, entraîneurs de l'équipe de France (Iconsport)
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France-Suède : le casse-tête de Deschamps en 16e

Stephan, Deschamps et Raviot, entraîneurs de l'équipe de France (Iconsport)

Ce soir au MetLife Stadium, la France entre en phase finale. Trois victoires en poules, mais Deschamps n'a pas encore livré ses réponses sur le couloir gauche et le milieu.

LLa rédactionMis à jour à 11h509 min de lecture
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Une phase de poules en trompe-l'œil

Trois matchs, trois victoires, dix buts marqués, deux concédés. Sur le papier, la phase de groupes de la France ressemble à une démonstration de force tranquille. Victoire 3-1 face au Sénégal le 16 juin, 3-0 contre l'Irak le 22, puis 4-1 en Norvège le 26 pour clore la partition en beauté. Classement FIFA 3e mondial, dix-sept participations en Coupe du Monde, deux titres (1998, 2018), deux finales perdues (2006, 2022) : la France qui débarque au MetLife Stadium ce soir n'est pas n'importe quelle équipe. Et pourtant. Derrière les chiffres flatteurs, Didier Deschamps sait mieux que quiconque que les 16es de finale sont une autre planète. Ce sont précisément ces matchs-là, à élimination directe, qui révèlent les fragilités qu'une phase de groupes peut encore maquiller. Ce soir, face à une Suède classée 38e au FIFA mais capable d'écraser la Tunisie 5-1 avant de tenir tête au Japon (1-1), le sélectionneur français va devoir trancher des débats qu'il a jusqu'ici soigneusement entretenus.

L'ossature qui ne tremble pas

Il y a des certitudes dans ce groupe France, et elles sont précieuses. Mike Maignan, dans les buts, a réalisé une phase de poules solide, autoritaire sur sa surface, rassurant sur les sorties. À 30 ans, le gardien de l'AC Milan incarne cette France mature qui ne tremble plus devant les enjeux. Devant lui, la charnière Jules Koundé–Dayot Upamecano s'est imposée comme un bloc fiable. Le défenseur du FC Barcelone, 27 ans, a rayonné dans la relance et dans les duels aériens. Upamecano, même âge, a montré une solidité défensive qu'on ne lui voyait pas aussi régulièrement avec le Bayern Munich ces derniers mois. À leurs côtés, Ibrahima Konaté — le Liverpuldien de 27 ans dont la présence physique dans les airs a été l'une des bonnes surprises de la phase de poules — complète un rideau arrière cohérent.

En attaque, le trio de tête ne souffre d'aucune contestation. Ousmane Dembélé, à 29 ans, retrouve dans ce Mondial la meilleure version de lui-même, celle qui écrase les latéraux adverses par sa vitesse de démarrage et son sens de la passe décisive. Michael Olise, 24 ans, épanoui au Bayern Munich, a confirmé lors des poules qu'il pouvait être un poison pour n'importe quelle défense à mi-hauteur. Et Kylian Mbappé, 27 ans, régnant sur le Real Madrid, n'a pas besoin d'un long plaidoyer : il est l'alpha et l'oméga offensif de cette équipe, celui autour duquel toutes les lignes défensives adverses organisent leur plan. Ces six joueurs — Maignan, Koundé, Upamecano, Dembélé, Olise, Mbappé — constituent l'ossature intangible sur laquelle Deschamps a bâti sa phase de poules. La question n'est pas là.

Le couloir gauche, terrain miné

La question est ailleurs. Elle est sur ce flanc gauche qui ressemble, à l'approche des matchs couperets, à un chantier à ciel ouvert. En défense d'abord. Lucas Digne, 32 ans, du côté d'Everton, est pressenti pour débuter ce soir. Le latéral gauche a bénéficié de la rotation en poules et affiche un profil rassurant : expérimenté, propre dans la relance, capable de centrer précisément. Mais Théo Hernandez plane au-dessus du débat comme une pièce maîtresse qu'on ne sait plus où placer. Contre la Norvège le 26 juin, le frère de Lucas n'a pas convaincu, trop approximatif dans ses choix, pris de vitesse sur plusieurs séquences par des Norvégiens qui, rappelons-le, venaient d'encaisser 4 buts face à la France. À 4-1, la note finale cache les imperfections individuelles. Deschamps le sait, et son entourage ne le cache pas vraiment : la question du couloir gauche est posée en interne depuis plusieurs jours.

Digne présente l'avantage de la solidité, d'un bloc défensif plus difficile à prendre à la vitesse. Et ce soir, la vitesse d'Alexander Isak sera un problème concret. L'attaquant suédois de Liverpool, 26 ans, est une machine à exploiter les espaces dans le dos des latéraux — son but du 1-1 face au Japon illustre exactement ce profil : une course dans la profondeur, un contrôle, et c'est plié. En cas de transition rapide, Digne pourrait souffrir. Mais Hernandez, plus véloce, a prouvé lors de ces poules qu'il pouvait aussi se montrer imprudent dans les duels. Le choix de Deschamps ne sera pas anodin : il dira quelque chose sur la façon dont la France veut construire sa phase finale, entre prudence calculée et feu offensif.

Sur l'aile gauche, le débat est tout aussi nourri. Bradley Barcola, 23 ans, est en train de s'imposer dans les têtes. Le Parisien du PSG a montré lors de ses entrées en jeu une électricité, une capacité à faire basculer les matchs en seconde période qui ont visiblement convaincu le staff. Face à la Norvège, ses vingt minutes de feu ont participé à la construction du 4-1 final. Désiré Doué, son concurrent direct, est lui aussi parisien, lui aussi jeune et techniquement affolant. Mais entre les deux, Barcola semble avoir pris l'avantage dans la hiérarchie de Deschamps, et les indiscrétions en provenance du camp français indiquent une composition probable avec le numéro 12 dans le couloir gauche offensif. Si c'est confirmé, ce sera un choix courageux : Barcola partant à pleine vitesse dans le couloir, ça peut faire très mal à une défense suédoise qui a encaissé cinq buts face aux Pays-Bas le 20 juin.

Le milieu reprend ses droits

La phase de poules a été l'occasion pour Manu Koné de s'affirmer dans l'entrejeu tricolore. À 25 ans, le milieu de l'AS Rome a impressionné par sa vivacité, sa capacité à presser haut et à récupérer les ballons dans des zones inconfortables. Lors du 3-0 contre l'Irak notamment, Koné a dicté le tempo pendant une heure. Pourtant, ce soir, la partition sera différente. Face à une Suède emmenée par Viktor Gyökeres — 28 ans, Arsenal — et Alexander Isak, deux attaquants capables de prendre la profondeur à une vitesse terrifiante, Deschamps a besoin d'un milieu à deux têtes qui garantisse d'abord la sécurité avant de penser à créer.

C'est là qu'Aurélien Tchouaméni revient en pleine lumière. Le milieu du Real Madrid, 26 ans, est fait pour ce genre de match : le récupérateur, l'intercepteur, celui qui lit le jeu avant que le danger ne se concrétise. Aux côtés d'Adrien Rabiot, 31 ans, désormais à l'AC Milan, ce duo représente une option très différente de Koné seul. Rabiot dans ce rôle d'abatteur technique, capable de couvrir des distances énormes, de bousculer, de peser physiquement sur les transitions adverses. Les deux ensemble ont déjà prouvé leur complémentarité lors du Mondial 2022, où la France avait atteint la finale. Face au Maroc en demi-finale, c'est précisément cette paire qui avait permis de réguler les transitions rapides des Marocains. Ce soir, le scénario appelle à une logique similaire : limiter les espaces laissés à Isak et Gyökeres, tout en permettant à Mbappé et consorts d'exprimer leur potentiel balle au pied. Mon sentiment : Deschamps choisira Tchouaméni-Rabiot, et il aura raison.

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Le XI probable : 4-2-3-1 pour une nuit de gala

Le schéma attendu est un 4-2-3-1 classique, éprouvé, taillé pour l'efficacité en phase finale. Dans les buts, Mike Maignan. En défense, de droite à gauche : Jules Koundé, Ibrahima Konaté, Dayot Upamecano, et sur le côté gauche Lucas Digne — avec Théo Hernandez comme joker que Deschamps pourrait sortir selon le cours du match. Dans l'axe du milieu, le bloc Tchouaméni-Rabiot pour sécuriser et distribuer. Devant eux, le triangle offensif avec Ousmane Dembélé à droite, Michael Olise dans l'axe en soutien de la pointe, et Bradley Barcola sur le côté gauche. En pointe, Kylian Mbappé, seul au monde, et c'est très bien ainsi.

Cette composition, si elle est confirmée, représente un choix clair : Deschamps joue la sécurité défensive avec un double pivot expérimenté, il joue la profondeur et la vitesse dans les couloirs avec Dembélé et Barcola, et il fait confiance à Mbappé pour transformer les occasions en buts. C'est une France qui ne cherche pas à asphyxier l'adversaire à 80% de possession, mais qui sait quand frapper. Contre la Suède de Graham Potter, dont les hommes ont déjà montré lors des poules qu'ils peuvent s'effondrer défensivement — 1-5 contre les Pays-Bas, c'est un avertissement difficile à ignorer — cette approche a du sens.

Ce soir, le moment de vérité

Il faut tout de même rappeler à ceux qui s'emballent trop vite que la Suède n'est pas une équipe de figurants. Viktor Gyökeres, 28 ans, débarque dans ce 16e de finale avec l'énergie d'un joueur en pleine confiance après une saison monstrueuse à Arsenal. Alexander Isak, lui, a inscrit le but du 1-1 face au Japon et reste l'un des attaquants les plus difficiles à manœuvrer d'Europe. Anthony Elanga, 24 ans, de Newcastle, sera lui aussi un danger constant sur les transitions. Et Lucas Bergvall, 20 ans, le milieu de Tottenham, est sans doute le joueur suédois dont on parle le moins et qui peut faire le plus de mal — son intelligence de jeu entre les lignes peut créer des décalages que le double pivot français devra surveiller. Graham Potter, le technicien britannique qui dirige la Suède, est un entraîneur doué pour construire des blocs défensifs cohérents et piéger les équipes offensives sur transition — ses années à Brighton en témoignent, même si ses résultats à Chelsea ont ensuite terni le tableau.

Mais la France de 2026 a quelque chose que les précédentes versions n'avaient pas toujours : une profondeur de banc redoutable — Marcus Thuram (Inter Milan, 28 ans) et N'Golo Kanté (Fenerbahçe, 35 ans) sur le banc, c'est du luxe — et une sérénité collective qui tranche avec les turbulences vécues lors des éditions 2010 (éliminée en phase de groupes après une grève d'entraînement retentissante) ou 2002 (tenant du titre sorti sans marquer un seul but). Ce groupe, guidé par Deschamps qui cherche lui-même une troisième étoile comme sélectionneur après 1998 en tant que capitaine et 2018 sur le banc, semble enfin prêt à endosser pleinement le statut qui lui revient. Ma conviction : la France gagne, 2-0, et Barcola marque son premier but du tournoi.

Ce soir, au MetLife Stadium, à quelques kilomètres de là où se jouera la finale le 19 juillet, la France entre dans la zone de vérité. Les débats de composition alimenteront les heures qui précèdent le coup d'envoi. Puis le ballon roulera, et les questions trouveront leurs réponses sur le terrain.

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