Il avait dix-sept ans et cent soixante-dix centimètres. Edson Arantes do Nascimento — dit Pelé — arrive en Suède pour la Coupe du Monde 1958 avec une réputation naissante dans son État de São Paulo et zéro matchs internationaux dans les jambes. Il repart comme le meilleur joueur du monde. Le Brésil remporte son premier titre mondial. Just Fontaine marque treize buts. Le football moderne vient de naître.
La France de Fontaine et Kopa
L'édition 1958 est exceptionnelle à plus d'un titre. La France, emmenée par Raymond Kopa et Just Fontaine, dispute le meilleur tournoi de son histoire jusqu'alors. Fontaine, attaquant du Stade de Reims, inscrit treize buts en six matchs — un record absolu qui n'a jamais été battu et ne le sera probablement jamais. Il marque en moyenne plus de deux buts par match, dont quatre lors du match pour la troisième place contre la RFA. Kopa, lui, est élu meilleur joueur du tournoi. La France s'incline en demi-finale contre le Brésil 5-2. Le score ne souffre pas d'appel.
Treize buts en un seul Mondial. Fontaine a lui-même expliqué qu'il n'était pas prévu dans le groupe initial : il fut convoqué en remplacement d'un joueur blessé et dut jouer avec les chaussures d'un coéquipier au premier match parce que les siennes étaient endommagées. Le hasard des vestiaires, la précision d'un buteur.
Garrincha, Didi et le système brésilien
Le Brésil de 1958 est une révolution tactique autant qu'individuelle. Vicente Feola adopte le 4-2-4, formation encore inédite à ce niveau, qui libère les ailiers et multiplie les options offensives. Didi, milieu de terrain élégant surnommé la feuille morte pour ses coups francs à trajectoire inattendue, dicte le tempo. Garrincha, l'ailier droit aux jambes difformes depuis sa poliomyélite d'enfance, déséquilibre chaque défenseur qu'il affronte.
Pelé entre en jeu à partir du troisième match de groupes. Il est immédiatement décisif. En quart de finale contre le Pays de Galles, il marque l'unique but du match. En demi-finale, il inscrit trois buts contre la France. En finale contre la Suède, il en marque deux — dont un contrôle de poitrine, retourné acrobatique qui entre dans la cage avant que le gardien n'ait pu réagir. Ce geste sera rejoué des milliers de fois.
La finale et les larmes de Pelé
Le 29 juin 1958, au stade du Råsunda à Solna, le Brésil bat la Suède 5-2 devant 49 737 spectateurs. La Suède avait ouvert le score. Le Brésil a répondu avec cinq buts sans réponse. Vavá, Pelé (deux fois), Mario Zagallo et Agne Simonsson pour la Suède, Pelé encore pour conclure à 5-2.
Quand l'arbitre siffle la fin du match, Pelé s'effondre en larmes dans les bras du gardien Gilmar. Il a dix-sept ans. Ce sont les images les plus connues de cette finale. Le gamin qui pleure dans la joie, entouré de joueurs deux fois plus âgés, photographié par des centaines d'objectifs. Il jouera trois autres Coupes du Monde. Il n'oubliera jamais celle-ci.
Le Brésil adopte définitivement le jaune comme couleur de la victoire — choisi par concours en 1953 après le Maracanazo de 1950, cette teinte allait devenir le symbole de toutes les conquêtes suivantes. 1958 est le premier titre. Il y en aura quatre autres.