Un groupe F à deux vitesses
Après la première journée du Groupe F, le tableau est limpide : la Suède écrase tout sur son passage avec 3 points et un différentiel de buts de +4, tandis que Pays-Bas et Japon se neutralisent à 1 point chacun. En bas, la Tunisie pointe à zéro, avec une défaite 1-5 infligée par la Suède lors de l'ouverture. Le fossé est déjà visible, et ce Tunisie - Japon n'en est que plus crucial : perdre, c'est vraisemblablement dire adieu à toute ambition de qualification dès la deuxième journée.
La Tunisie en état d'urgence
On ne va pas tourner autour du pot : la Tunisie traverse une passe très difficile. Cinq buts encaissés face à la Suède, une défaite 0-5 en amical contre la Belgique quelques jours avant le tournoi, un seul but inscrit en cinq matchs récents... Les chiffres dressent le portrait d'une équipe en souffrance, surtout défensivement. Sabri Lamouchi doit trouver des réponses urgentes, et il les cherche probablement du côté d'une ligne arrière qui a trop souvent craqué ces dernières semaines.
Pourtant, la Tunisie n'est pas sans atouts. Issam Jebali, 34 ans, reste un attaquant d'expérience capable de peser sur n'importe quelle défense. Le jeune Youssef Snana, 22 ans seulement, représente lui l'avenir et peut apporter l'étincelle dont les Aigles de Carthage ont cruellement besoin. Derrière, le gardien Bechir Ben Said et les défenseurs Yassine Meriah ou Hamza Jelassi devront hausser considérablement leur niveau pour espérer contenir l'attaque nippone. La Tunisie n'a jamais passé le premier tour en Coupe du Monde en sept participations : la barre est haute, et le moment est grave.
Le Japon, solide mais pas encore flamboyant
De l'autre côté, les Samouraïs Bleus arrivent avec une toute autre dynamique. Le nul 2-2 arraché face aux Pays-Bas lors de la première journée — un adversaire classé 8e au monde — témoigne d'un caractère et d'une qualité indéniables. Avant le Mondial, Hajime Moriyasu avait su préparer ses hommes avec soin : victoires en amical contre l'Angleterre et l'Islande, une équipe qui monte en puissance depuis plusieurs semaines.
Kaoru Mitoma est l'homme à surveiller. L'ailier de Brighton, 28 ans, est capable de créer le danger à tout instant, de déborder, de centrer ou de frapper. Associé à Reo Hatate dans l'entrejeu, il forme le moteur offensif d'une équipe japonaise qui joue vite, presse haut et ne s'économise pas. Le Japon n'est pas venu en Amérique du Nord pour faire de la figuration : en Huitième de finale lors des deux dernières éditions, la sélection nippone a clairement l'ambition d'aller plus loin cette fois-ci.
Le risque pour le Japon, c'est justement de se retrouver piégé par la pression. Face à une Tunisie dos au mur, qui n'a plus rien à perdre, les Japonais devront gérer l'urgence adverse sans se précipiter ni commettre les imprécisions qui leur ont coûté contre les Pays-Bas.
Ce que ce match change au classement
Concrètement, les enjeux sont limpides. Une victoire japonaise propulserait le Japon à 4 points, dans une position très confortable pour la suite, et condamnerait quasiment la Tunisie à une élimination prématurée. Un nul laisserait les deux équipes avec respectivement 2 et 1 point, en regardant nerveusement le résultat de Suède - Pays-Bas. Une victoire tunisienne, aussi improbable qu'elle puisse paraître au vu de la forme récente, remettrait tout à plat et relancerait complètement le groupe.
La Suède, première avec 3 points, peut déjà regarder le match avec sérénité. Pour les trois autres, chaque point compte. Et dans ce format à 48 équipes où les huit meilleurs troisièmes se qualifient également, même finir troisième n'est pas forcément une catastrophe — à condition de glaner des points.

