But de Ferran Torres à la 106e minute de la finale de la Coupe du monde 2026 face à l'Argentine (Wikimedia)
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Espagne championne du monde 2026 : la Roja éternelle

But de Ferran Torres à la 106e minute de la finale de la Coupe du monde 2026 face à l'Argentine (Wikimedia)

Sur le but de Ferran Torres à la 106e minute, l'Espagne s'offre sa deuxième étoile mondiale face à l'Argentine (1-0 a.p.) au MetLife Stadium. Un sacre monumental.

LLa rédactionMis à jour à 01h146 min de lecture
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La fumée se dissipe, une étoile naît

Dimanche 19 juillet 2026, 21h00, heure de la côte Est. Au-dessus du MetLife Stadium d'East Rutherford, dans le New Jersey, le ciel commençait enfin à se dégager. Depuis plusieurs jours, une brume opaque et âcre venue des incendies de forêt du Canada avait enveloppé le Nord-Est américain d'un voile spectral. Ce soir-là, comme si la nature elle-même avait voulu laisser place au spectacle, les nuages de fumée se dissipaient progressivement, laissant le stade baigné dans une lumière particulière, presque irréelle, digne d'une soirée à graver dans le marbre.

L'enjeu était à la hauteur du décor : l'Espagne de Luis De la Fuente Castillo, deuxième nation au classement FIFA, affrontait l'Argentine de Lionel Sebastián Scaloni, numéro un mondial et tenante du titre depuis son sacre au Qatar en 2022. D'un côté, une Roja portée par la jeunesse et le collectif, couronnée à l'Euro 2024 et désormais aux portes de l'immortalité. De l'autre, une Albiceleste qui rêvait du doublé historique, emmenée par un Lionel Messi de 38 ans à la recherche d'un dernier miracle. Face à lui, Lamine Yamal, 19 ans, symbole d'une génération née l'année du premier sacre mondial espagnol de 2010 : le passage de témoin ou le choc de titans, selon la perspective que l'on choisit. Quarante-neuf jours de compétition allaient se résoudre en cent vingt minutes d'une intensité rarement atteinte dans l'histoire de la discipline.

Quatre-vingt-dix minutes d'asphyxie

Dès le coup d'envoi, la physionomie du match s'installa avec une clarté déconcertante : l'Espagne possédait le ballon, l'Argentine attendait. Rodri, maître à jouer de Manchester City, et Fabián Ruiz du Paris Saint-Germain orchestraient les transitions depuis l'entrejeu, tandis que Gavi, 21 ans seulement et déjà à son deuxième Mondial majeur, imposait son pressing frénétique à chaque perte de balle. Mikel Merino d'Arsenal pesait de tout son poids dans les zones de finition, et les tentatives s'accumulaient dans la direction d'un seul gardien : Emiliano Martínez.

Car l'homme en vert argentin fut, pendant quatre-vingt-dix minutes, la seule digue entre l'Espagne et la consécration. Le portier de l'Albiceleste, héros de la séance de tirs au but en 2022 face à la France, signa une performance de gardien de légende : détentes réflexes, interventions à bout portant, domination de sa surface. Les Espagnols frappèrent, centrèrent, combinèrent — Martínez répondit à chaque fois. Et l'Argentine, collectivement, ne prit jamais le risque de s'exposer. Le résultat statistique est ahurissant, probablement unique dans l'histoire des finales de Coupe du monde : l'Albiceleste ne parvint à tenter le moindre tir cadré durant les quatre-vingt-dix minutes réglementaires. Aucun, zéro, une première absolue à ce stade de la compétition.

La tension qui aurait dû se libérer dans le jeu se déplaça alors vers les cartons. Lisandro Martínez de Manchester United, dur et rugueux dans ses interventions, fut averti à la 41e minute. Leandro Paredes, milieu de Boca Juniors, hérita du même sort à la 52e. La pression montait. À la 90e+3, Enzo Fernández recevait son deuxième avertissement jaune, synonyme d'expulsion immédiate. Cristian Romero de Tottenham, lui, écopait d'un jaune en 90e+2, et Alexis Mac Allister en récoltait un supplémentaire à la 111e. Scaloni voyait son équipe réduite à dix hommes au moment précis où la prolongation démarrait. Le destin avait choisi son camp.

La délivrance : Torres à la 106e

Jouer à dix contre onze en prolongations d'une finale de Coupe du monde, après quatre-vingt-dix minutes de pressing et d'intensité maximale : psychologiquement, physiquement, tactiquement, c'est une équation presque impossible à résoudre. L'Argentine tint pourtant. Martínez continuait sa veille solitaire. Les lignes se resserraient, les Argentins reculaient encore davantage, cherchant à plonger la rencontre vers une séance de tirs au but — terrain sur lequel leur gardien avait déjà sorti la France de la transe en 2022.

Mais à la 106e minute de jeu, Ferran Torres brisa le verrou. L'attaquant du FC Barcelone, 26 ans, que Luis De la Fuente avait lancé dans la bataille au cours de la compétition, trouva le chemin des filets dans les circonstances exactes que le VAR allait immédiatement mettre sous examen. Quelques dizaines de secondes de suspension, d'interrogation collective, de retenue des souffles dans les 82 500 places du MetLife Stadium — puis le signal : but validé. L'explosion qui suivit fut à la mesure de l'attente : joueurs espagnols projetés les uns sur les autres, banc de touche envahi par l'émotion, De la Fuente les bras au ciel. Ferran Torres, souvent critiqué pour son manque de régularité face au but à Barcelone, venait d'inscrire le but le plus important de l'histoire récente du football espagnol. La Roja menait 1-0 à quatorze minutes du terme.

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L'ultime frisson d'un monument

Les quatorze minutes qui suivirent furent d'une intensité presque insoutenable. L'Argentine à dix, épuisée mais jamais vaincue dans l'âme, poussa instinctivement vers l'avant. Scaloni tenta ses dernières cartes depuis le banc. Et à la 116e minute, soit quatre minutes avant le coup de sifflet final, Lionel Messi exécuta un corner. Le ballon, dévié dans la surface, atterrit sur Giuliano Simeone, 23 ans, entré en cours de match pour apporter du dynamisme. Sa reprise, tentée dans un angle délicat, passa au-dessus de la barre transversale espagnole. Ce fut le dernier soubresaut d'une équipe qui avait tout donné, d'un Messi qui, à 38 ans, aura repoussé les limites du raisonnable jusqu'aux ultimes secondes.

L'arbitre siffla. L'Espagne était championne du monde 2026. David Raya, gardien d'Arsenal, tomba à genoux. Gavi hurla vers le ciel du New Jersey. Et quelque part sur la pelouse, Messi se retrouva seul avec lui-même, avec cette réalité que la tentative du doublé s'était fracassée sur un but en prolongations, sur un carton rouge fatal et sur un gardien adverse qui, ce soir-là, n'eut rien à faire — et pourtant tout à perdre.

Ce que l'histoire retiendra

Ce sacre représente bien plus qu'un simple deuxième titre mondial pour l'Espagne. Seize ans après Johannesburg et la finale gagnée face aux Pays-Bas grâce à Andrés Iniesta en 2010, la génération De la Fuente a démontré qu'une équipe peut dominer le football mondial de manière durable : champion d'Europe en 2024, champion du monde en 2026, avec un classement FIFA solidement ancré à la deuxième place mondiale. Cette cohérence est rare dans l'histoire du sport.

Pour l'ensemble de la compétition, le bilan est monumental. Cette 23e édition de la Coupe du monde, la première disputée à 48 équipes sur trois pays hôtes — États-Unis, Canada, Mexique — aura mobilisé plus de six millions de supporters sur quarante-neuf jours et 104 matchs. La FIFA a par ailleurs introduit une nouveauté symbolique forte : pour la première fois, les vainqueurs se sont vu remettre des bagues de champions, à l'image des grandes compétitions nord-américaines, un geste qui ancre ce tournoi dans sa dimension continentale américaine.

L'Espagne a son deuxième couronnement planétaire. Elle le mérite entièrement, jusqu'au bout de la prolongation, jusqu'à ce but de Torres validé par la technologie, jusqu'à ce coup de sifflet libérateur sur les bords de la Hudson River. La Roja peut écrire son nom pour l'éternité.

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