Un match couperet dès la deuxième journée
Il arrive parfois que la Coupe du Monde transforme un simple match de groupe en finale avant l'heure. Turquie - Paraguay, ce samedi 20 juin à 05h00 (heure de Paris), entre dans cette catégorie. Les deux équipes ont subi des défaites sèches lors de la première journée et se retrouvent lanterne rouge et avant-dernière d'un Groupe D où les États-Unis et l'Australie ont déjà pris de l'avance. Concrètement, un nouveau revers pour l'un ou l'autre équivaudrait à une quasi-élimination. Le Levi's Stadium de San Francisco / Santa Clara sera le tribunal.
Le Groupe D après la première journée
Le classement est sans équivoque. États-Unis et Australie trônent en tête avec trois points chacun, séparés uniquement par la différence de buts. La Turquie pointe à zéro point avec une différence de buts de -2 et surtout aucun but marqué. Le Paraguay, lui aussi à zéro point, présente une différence de -3 pour un seul but inscrit. En clair, les deux finalistes de ce duel sont déjà en situation d'urgence à mi-chemin de la phase de groupes. Dans ce format à 48 équipes, les deux premiers de chaque groupe ainsi que les huit meilleurs troisièmes sont qualifiés pour les 16es de finale — ce qui laisse une infime porte de secours, mais à condition de ne pas s'enfoncer davantage.
La Turquie : le choc de la disqualification offensive
La sélection de Vincenzo Montella abordait ce Mondial avec des arguments sérieux. Classée 22e au ranking FIFA, portée par des individualités évoluant dans les plus grands clubs européens, la Turquie était attendue parmi les équipes capables de créer la surprise. La défaite 0-2 concédée face à l'Australie le 14 juin a jeté un froid. Zéro but marqué, une copie défensive décevante : le bilan offensif est alarmant.
Pourtant, le potentiel est là. Arda Güler, le milieu offensif du Real Madrid, représente l'étincelle que Montella cherchera à allumer dès l'entame. Kerem Aktürkoğlu, l'attaquant de Benfica, doit hausser son niveau. Et derrière, la paire Merih Demiral - Çağlar Söyüncü devra éviter de reproduire les lacunes qui ont coûté deux buts en première sortie. La Turquie a l'histoire pour elle — elle avait décroché la troisième place lors du Mondial 2002 — mais le football ne vit pas de gloires passées. Ce soir, il faudra produire.
Le Paraguay : une claque de quatre buts à digérer
La déroute est encore plus cinglante côté paraguayen. Une défaite 1-4 face aux États-Unis à domicile — ou plutôt sur leur sol nord-américain —, dès la première journée, constitue un traumatisme collectif. Le sélectionneur Gustavo Julio Alfaro doit rapidement reconstruire la confiance d'un groupe qui avait pourtant montré de belles choses en préparation : victoire 4-0 contre le Nicaragua, 2-1 contre le Maroc, deux performances qui laissaient espérer une équipe en forme.
La bonne nouvelle pour les Guaraníes, c'est qu'ils ont marqué lors de cette défaite — un but inscrit, un point de départ. Il faudra s'appuyer sur l'expérience défensive d'Alan Benítez et sur la créativité du jeune Hugo Cuenca, 21 ans, au milieu de terrain. L'attaquant Rubén Lezcano, 22 ans, sera lui attendu au tournant pour peser sur une défense turque friable. Mathías Villasanti, sentinelle de Grêmio, aura pour mission de verrouiller les transitions adverses et de donner de la sécurité à l'équipe.
Les joueurs à suivre
- Arda Güler (Turquie) : le talent du Real Madrid doit enfin s'exprimer sur la plus grande scène. Sa capacité à créer le déséquilibre sera le baromètre du niveau turc.
- Kerem Aktürkoğlu (Turquie) : l'ailier de Benfica doit trouver le chemin des filets pour libérer son équipe d'un zéro but inquiétant.
- Hugo Cuenca (Paraguay) : à 21 ans, le milieu de Burgos incarne la jeunesse offensive du Paraguay. Sa maîtrise technique peut faire mal à un milieu turc encore instable.
- Rubén Lezcano (Paraguay) : le jeune attaquant d'Olimpia sera la pointe de l'attaque paraguayenne. Sa vivacité et son appétit de but seront décisifs.
L'enjeu tactique : qui ose attaquer en premier ?
Le paradoxe de ce genre de confrontation est que les deux équipes ont besoin de gagner, mais que la peur de concéder peut paralyser. Montella devra trancher : jouer en bloc et attendre ou imposer d'emblée un pressing haut qui correspond mieux au profil de ses joueurs. Alfaro, lui, sait que son équipe a montré de vraies qualités offensives en préparation. Le 4-0 contre le Nicaragua n'était pas un accident. Il lui faudra retrouver cette fluidité pour éviter que la machine turque, si elle se met en route, ne l'écrase.



