Une qualification acquise, une présence menacée
Il y a quelque chose d'absurde, presque de tragique, dans la situation de l'Iran à quelques semaines de la Coupe du monde 2026. La sélection dirigée par Amir Ghalenoei a décroché son billet, s'est retrouvée au tirage au sort du 5 décembre 2025 à Las Vegas, a hérité du Groupe G aux côtés de la Belgique, de l'Égypte et de la Nouvelle-Zélande — et pourtant, la question de savoir si ses joueurs fouleront réellement le gazon américain reste entière. Septième participation de l'histoire iranienne à une Coupe du monde, et peut-être la plus incertaine de toutes.
Le contexte géopolitique entre l'Iran et les États-Unis, pays co-organisateur du tournoi, pèse de tout son poids sur ce dossier. Les tensions diplomatiques entre Téhéran et Washington ne sont pas nouvelles — elles remontent au moins à la révolution islamique de 1979 — mais elles atteignent en 2025 un niveau de crispation qui complique concrètement l'organisation d'une participation sportive sur le sol américain. Visas, sécurité des délégations, conditions d'accueil : autant de paramètres qui font de la venue de la sélection iranienne un exercice politique autant que logistique.
Le congrès de Vancouver, caisse de résonance inattendue
Le 30 avril dernier, la FIFA tenait son congrès annuel à Vancouver, au Canada — l'un des trois pays hôtes du Mondial 2026. Un rendez-vous traditionnellement consacré aux questions de gouvernance et aux bilans financiers, mais qui a pris cette année une dimension inattendue. En marge des discussions formelles, le cas iranien s'est imposé comme l'un des sujets les plus sensibles de l'agenda. Des fédérations membres ont interpellé l'instance mondiale sur sa capacité à garantir à toutes les équipes qualifiées des conditions d'accès et de sécurité équivalentes. La FIFA, dont l'article 4 de ses statuts interdit toute discrimination entre nations membres, se retrouve face à une contradiction potentiellement explosive : comment organiser un tournoi à 48 équipes sur le territoire d'un État en conflit diplomatique avec l'une d'elles ?
L'Iran, de son côté, a fait savoir qu'il maintenait sa participation sous examen. Ce n'est pas une menace de retrait spectaculaire, c'est une position de prudence calculée — ou peut-être de pression exercée sur la FIFA pour obtenir des garanties concrètes. Amir Ghalenoei, le sélectionneur, n'a pas encore pris la parole publiquement sur ce sujet précis, mais la Fédération iranienne de football a clairement signifié que la décision finale dépendrait des conditions offertes par les organisateurs.
Une équipe qui existait déjà avant cette crise
Ce qui rend la situation encore plus cruelle, c'est que l'Iran de 2026 n'est pas une équipe fantôme convoquée pour les besoins du protocole. La sélection a montré des signes de vitalité réels lors de ses dernières sorties. Le 31 mars 2026, elle a écrasé un adversaire 5-0 en match amical à domicile — un résultat qui témoigne d'une efficacité offensive certaine. Quelques jours plus tôt, le 27 mars, elle s'était inclinée 1-2 face au Nigeria, dans un test de niveau international qui a mis en lumière ses limites défensives mais aussi sa capacité à peser offensivement.
Dans le groupe, des joueurs comme Mehdi Tikdari et Majid Aliyari incarnent le potentiel offensif d'une équipe qui a su, par le passé, créer la surprise. En défense, Morteza Pouraliganji apporte l'expérience d'un cadre qui connaît les exigences du très haut niveau. Entre les perches, Ahmad Gohari et Nima Mirzazad se disputent le statut de titulaire, signe d'une concurrence interne saine. Ce n'est pas une équipe qui se présente au Mondial en touriste — c'est une sélection qui, classée 21e au rang FIFA, peut légitimement viser la sortie de groupe dans un Groupe G où la Nouvelle-Zélande (85e) et l'Égypte (29e) ne sont pas inaccessibles.
Sept participations, zéro huitième de finale : le mur historique
L'histoire de l'Iran en Coupe du monde est celle d'une présence régulière et d'une frustration constante. Depuis sa première participation en 1978 en Argentine, la sélection n'a jamais franchi le premier tour. Sept éditions — 1978, 1998, 2006, 2014, 2018, 2022, et désormais 2026 — sans jamais atteindre les huitièmes de finale. Le meilleur souvenir reste peut-être ce 21 juin 1998, quand l'Iran battait les États-Unis 2-1 à Lyon, dans un match chargé d'une symbolique politique rare, où les deux équipes avaient échangé des fleurs avant le coup d'envoi. Vingt-huit ans plus tard, rejouer sur le sol américain aurait eu quelque chose d'une réponse de l'histoire — si tant est que l'histoire accepte de se répéter dans de bonnes conditions.
