Ayyoub Bouaddi, Maroc (Wikimedia)
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France-Maroc : la guerre des médias avant Boston

Ayyoub Bouaddi, Maroc (Wikimedia)

À 48 heures du quart de finale au Gillette Stadium, la pression psychologique entre Paris et Rabat est déjà à son comble. Revue de presse d'un duel qui commence bien avant le coup d'envoi.

LLa rédactionMis à jour à 10h406 min de lecture
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Quand la bataille se joue dans les colonnes avant de se jouer sur le gazon

Boston, jeudi 9 juillet 2026. La France de Didier Deschamps et le Maroc de Mohamed Ouahbi s'apprêtent à se retrouver pour la deuxième fois en trois ans dans un quart de finale de Coupe du monde — un fait inédit dans l'histoire des deux sélections. Mais avant même que Kylian Mbappé et Achraf Hakimi ne foulent la pelouse du Gillette Stadium, une autre confrontation fait rage, celle des plumes et des micros. De Casablanca à Rabat, la presse marocaine monte au créneau avec une conviction qui ressemble moins à de la fébrilité qu'à de la mobilisation.

Les médias du Royaume — Le360 Sport, Médias24, Atlasinfo en tête — ne lisent pas les journaux français avec la distance détachée d'un observateur neutre. Ils les lisent comme on lit les intentions d'un adversaire. Et ce qu'ils y trouvent depuis plusieurs jours nourrit une indignation qui, à défaut d'être feinte, est manifestement orchestrée pour galvaniser un pays entier.

Le dossier Bouaddi et le spectre de Chadi Riad : deux allumettes dans un baril de poudre

Le premier front s'est ouvert autour du nom d'Ayyoub Bouaddi, dix-huit ans, milieu de terrain de Lille OSC et pépite de cette génération marocaine. Le360 Sport et plusieurs éditorialistes dénoncent avec véhémence ce qu'ils appellent une « campagne de pression » orchestrée, selon eux, par une partie de la presse française — notamment L'Équipe et RMC Sport — visant à relancer le débat sur le choix international du joueur. Né et formé en France, Bouaddi a tranché en faveur du Maroc. Sa position est publique, ferme, sans équivoque : il a déclaré avoir choisi le Maroc et en être très fier. Pour les médias marocains, rouvrir ce dossier à quarante-huit heures du coup d'envoi ne relève pas du journalisme sportif ordinaire. C'est lu comme une tentative délibérée de parasiter la sérénité d'un vestiaire en pleine préparation.

Le second foyer de tension concerne Chadi Riad, le défenseur central absent lors de la large victoire 3-0 contre le Canada le 4 juillet. La presse française, selon les médias marocains, a brodé autour de son absence des scénarios alarmistes — blessure grave, doutes sur sa participation au quart — que la fédération marocaine n'a jamais confirmés. La réalité, rappellent les journalistes de Rabat avec une précision qui se veut cinglante, est plus prosaïque : un coup au genou, une gestion préventive du staff de Ouahbi, aucun communiqué officiel évoquant une indisponibilité prolongée. L'accusation est lourde mais structurée : amplifier le moindre doute physique dans l'effectif adverse pour instiller de l'incertitude, c'est une forme de déstabilisation à distance.

Ce double dossier a produit un effet paradoxal mais prévisible dans les médias du Royaume. Plutôt que d'inquiéter, il a soudé. La rhétorique de l'adversité assumée — le Maroc contre le reste — est une vieille compagne de route de cette sélection depuis le parcours historique de 2022, où elle était devenue la première équipe africaine à atteindre le dernier carré d'une Coupe du monde.

La France décortiquée : solide mais perfectible aux yeux des analystes marocains

Sur le plan purement footballistique, les éditorialistes de Médias24 livrent une analyse qui mérite d'être prise au sérieux, loin de tout triomphalisme. Leur verdict sur la France est nuancé avec soin : les Bleus se sont qualifiés sans éclat mais sans trembler, selon leur formule. Le 1-0 contre le Paraguay, arraché sur un penalty transformé par Mbappé, a confirmé deux tendances de fond observées tout au long du tournoi. D'un côté, l'efficacité clinique d'une équipe qui sait gérer, souffrir quand il le faut, et convertir ses rares opportunités. De l'autre, un manque de liant, une certaine absence de spontanéité collective qui tranche avec les équipes de France de 2018 ou même de 2022.

Les analystes marocains pointent la difficulté des hommes de Deschamps à construire sur de longues séquences de possession, à créer du jeu entre les lignes sans passer systématiquement par Mbappé ou par les accélérations d'Ousmane Dembélé. Michael Olise, brillant par séquences, n'offre pas encore la constance attendue à ce stade. Aurélien Tchouaméni au milieu garantit l'équilibre défensif mais ne génère pas la verticalité qu'un quart de finale de Coupe du monde peut exiger. En résumé : la France n'est pas flamboyante, et c'est précisément cet espace entre sa qualité individuelle et son animation collective que les Marocains entendent exploiter. Ouahbi sait que Sofyan Amrabat, patron du milieu de terrain au Betis Séville, est l'homme désigné pour couper les lignes de passe vers Mbappé — une condition nécessaire, même si elle ne sera jamais suffisante à elle seule. Derrière, le duo Nayef Aguerd–Noussair Mazraoui forme la colonne vertébrale défensive qui a concédé deux buts en quatre matchs de phase à élimination directe.

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La presse marocaine cite également le résultat du 13 juin comme argument : face au Brésil, 6e nation mondiale au classement FIFA, le Maroc avait tenu en échec (1-1) une équipe autrement plus fluide que la France actuelle dans sa construction. Ce n'est pas de la fanfaronnade — c'est un fait que Mohamed Ouahbi peut brandir comme une preuve de maturité défensive.

Facundo Tello, ou quand le hasard du tirage ressemble à un signe

Il est des coïncidences que le football fabrique avec un sens du romanesque que nulle plume ne pourrait inventer. La désignation par la FIFA de l'arbitre argentin Facundo Tello pour officier ce quart de finale a provoqué dans les médias marocains une réaction qui oscille entre le frisson superstitieux et la fierté rétrospective. C'est lui, Tello, qui tenait le sifflet lors du quart de finale du Mondial 2022 au Qatar — cette nuit du 10 décembre où le Maroc avait éliminé le Portugal 1-0, s'offrant une place en demi-finale que le monde entier avait regardé comme un séisme sportif.

Pour la presse marocaine, cette désignation n'est pas anodine, même si personne ne croit sérieusement à une intervention du destin dans les bureaux de la FIFA. Ce qui compte, c'est le symbole. Tello a été témoin du meilleur moment de l'histoire du football marocain. Le retrouver sur le même type de match, avec des enjeux identiques, dans une compétition où le Maroc est à nouveau au même stade, a quelque chose d'électrique. Atlasinfo en a fait sa une. Le360 Sport a consacré plusieurs colonnes à retracer ce parallèle. La mémoire de 2022 est convoquée non pas comme un talisman, mais comme une preuve : cette équipe sait jouer ce type de match.

Une tension qui nourrit, pas qui paralyse

Ce qui frappe, dans la lecture globale de la presse marocaine à quelques heures du coup d'envoi du 9 juillet, c'est moins l'agitation que la concentration. La colère suscitée par les dossiers Bouaddi et Chadi Riad ne produit pas de la dispersion — elle fabrique du ciment. La lucidité de l'analyse tactique sur la France démontre que personne à Rabat ne sous-estime ce que représente affronter la troisième nation mondiale au classement FIFA, double championne du monde. Et la figure de Tello au sifflet rappelle à chaque supporteur marocain que cet effectif, emmené par un Brahim Díaz de plus en plus décisif match après match et un Yassine Bounou imperméable dans ses cages depuis Al-Hilal jusqu'au Gillette Stadium, a déjà vécu ce genre de soirée — et en est sorti debout.

Mohamed Ouahbi n'a pas eu besoin de faire un discours. La presse française, en voulant peut-être déstabiliser, a offert au Maroc quelque chose de plus précieux : un récit. Celui d'une équipe qui arrive à Boston avec un compte à régler, une fierté à défendre, et l'impression, fondée ou non, que le monde entier attend de la voir tomber. En 2022, ce sentiment avait porté le Maroc jusqu'au dernier carré. L'histoire, à Boston, pourrait bien tenter de bégayer.

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