L'Euro 2028 au Royaume-Uni et en Irlande (DR)
Compétition

Euro 2028 : cinq nations, dix stades, un défi inédit

L'Euro 2028 au Royaume-Uni et en Irlande (DR)

Après le gigantisme américain du Mondial 2026, le football européen s'apprête à vivre un tournoi d'un genre radicalement nouveau : un Euro co-organisé par cinq nations des îles Britanniques et d'Irlande.

LLa rédactionMis à jour à 16h449 min de lecture
Partager

Le football retourne à ses racines modernes

Il y a quelque chose de profondément symbolique dans l'idée que le football, né dans les cours de récréation anglaises du XIXe siècle, revienne se faire célébrer sur ces mêmes terres au sommet de sa forme continentale. Quand l'UEFA a officiellement attribué, le 10 octobre 2023 à Nyon, l'organisation de l'Euro 2028 à la candidature commune du Royaume-Uni et de la République d'Irlande, c'était bien plus qu'une décision administrative. C'était une forme de réconciliation symbolique entre le football et son berceau historique.

Le contexte mérite d'être posé. Le Mondial 2026, étalé sur trois pays et 104 matchs dans 16 villes nord-américaines — coup d'envoi le 11 juin au Stade Azteca, finale le 19 juillet au MetLife Stadium du New Jersey —, représente une forme d'apothéose du gigantisme contemporain. Quarante-huit nations, des déplacements intercontinentaux pour les supporters, une logistique pharaonique pensée à l'échelle d'un continent. L'Euro 2028, lui, promet autre chose : une compétition à taille humaine, ancrée dans des stades de club chargés d'histoire, traversée par des rivalités insulaires vieilles de plus d'un siècle. Le contraste sera saisissant, et c'est précisément ce qui en fait l'un des tournois les plus attendus de la décennie.

Car les îles Britanniques ne sont pas un territoire footballistique ordinaire. Elles sont le territoire originel. L'Angleterre a accueilli la Coupe du monde 1966 — triomphe national unique dans l'histoire des Three Lions — et le Championnat d'Europe de 1996, où la génération Gascoigne avait offert au vieil Wembley ses dernières heures de légende avant démolition. L'Écosse, le Pays de Galles, l'Irlande du Nord et la République d'Irlande, elles, attendent encore leur grand soir sur scène mondiale. Pour certaines d'entre elles, simplement être qualifiées pour leur propre tournoi constituera déjà un enjeu existentiel.

Une organisation à cinq nations : défi politique et logistique

Cinq associations nationales. Cinq fédérations distinctes. Cinq identités footballistiques façonnées par des histoires divergentes, parfois douloureuses. La candidature commune Angleterre-Écosse-Pays de Galles-Irlande du Nord-République d'Irlande constitue en soi un événement diplomatique sans précédent dans l'histoire du football européen. Jamais une compétition continentale de cette envergure n'avait été confiée à un consortium aussi hétérogène.

L'UEFA, de son côté, a conservé le format classique à 24 équipes réparties en six groupes de quatre — écartant définitivement les hypothèses d'élargissement à 32 qui avaient alimenté les débats durant plusieurs années. Ce choix n'est pas anodin : il ancre le tournoi dans une tradition qualitative plutôt que dans une logique d'inclusion maximale. Vingt-quatre équipes pour dix stades répartis sur cinq nations, c'est un équilibre délicat à préserver.

Car si la candidature affiche une égalité de façade entre les cinq associations, la réalité logistique raconte une autre histoire. L'Angleterre domine structurellement : elle fournit six des dix stades retenus, répartis dans cinq villes. Londres seule concentre deux enceintes — Wembley et le Tottenham Hotspur Stadium — tandis que Manchester, Liverpool, Newcastle et Birmingham complètent un dispositif qui ressemble davantage à un Euro anglais élargi qu'à une organisation véritablement partagée. Ce déséquilibre est assumé, presque inévitable, tant l'infrastructure footballistique britannique surpasse en capacité et en modernité celle de ses voisins irlandais et gallois.

Chacun des quatre autres pays apporte un stade unique. Glasgow avec Hampden Park — temple du football écossais depuis 1903, qui a accueilli des demi-finales de Coupe d'Europe retentissantes. Cardiff avec le Principality Stadium, antre du rugby mais aussi scène de nuits européennes mémorables pour le Pays de Galles. Dublin avec l'Aviva Stadium, enceinte moderne de 51 700 places qui a vibré pour des générations de supporters irlandais. Et Belfast, enfin, avec Casement Park — un projet de reconstruction validé pour le tournoi mais dont l'avancement représente sans doute le dossier le plus scruté de toute l'organisation.

La carte des stades : dix enceintes pour écrire l'histoire

Le tableau d'ensemble mérite d'être déroulé, mais pas sous forme de liste sèche : chaque stade raconte une histoire distincte. Wembley (90 000 places) domine l'ensemble de sa masse et de son histoire — reconstruit entre 2003 et 2007 pour 798 millions de livres sterling, inauguré en mars 2007, il accueillera presque certainement la finale. Le Tottenham Hotspur Stadium (62 850 places) incarne la modernité architecturale londonienne. L'Etihad Stadium de Manchester (53 400 places) et le tout nouveau stade d'Everton à Bramley-Moore Dock (52 888 places, inauguré en 2025 après plus de 130 ans de Goodison Park) représentent le Nord industriel reconverti en vitrine du football mondial. St James' Park à Newcastle (52 258 places) et Villa Park à Birmingham (42 660 places, classé au patrimoine culturel) complètent le contingent anglais.

Hors d'Angleterre, Hampden Park à Glasgow (51 866 places) fait figure de cathédrale séculaire. Le Principality Stadium de Cardiff (74 500 places, toiture rétractable) est la deuxième plus grande enceinte du tournoi. L'Aviva Stadium de Dublin (51 700 places) et Casement Park à Belfast (34 500 places prévues après reconstruction) ferment la liste — et ce dernier reste le dossier le plus sensible de tout l'édifice organisationnel.

Face à Wembley, l'Everton Stadium de Bramley-Moore Dock représente l'autre extrême temporel : une enceinte toute neuve, inaugurée en bord de Mersey, qui marque la sortie définitive des Toffees de l'antique Goodison Park après plus de 130 ans d'histoire commune. Sa présence dans la liste des stades de l'Euro 2028 constitue une forme de consécration architecturale pour un projet qui a failli ne jamais voir le jour.

À Cardiff, le Principality Stadium joue une partition particulière. Sa toiture rétractable — précieuse dans un pays où la météo tient rarement ses promesses — et ses 74 500 places en font la deuxième plus grande enceinte du tournoi après Wembley. Le Pays de Galles, nation de 3,2 millions d'habitants dont le football a longtemps vécu dans l'ombre du rugby, voudra transformer chaque soirée dans cet écrin en démonstration de ferveur nationale.

Casement Park, à Belfast, est le dossier le plus sensible. Stade historique du Gaelic Athletic Association, sa reconstruction était évaluée à près de 180 millions de livres sterling et son chantier a traversé des années de controverses politiques et budgétaires. L'UEFA a validé sa candidature sur la base d'un engagement ferme des autorités nord-irlandaises. Son achèvement dans les délais restera l'une des variables à surveiller jusqu'à l'ouverture du tournoi.

Le casse-tête réglementaire des qualifications automatiques

C'est là que l'affaire se complique — et que l'Euro 2028 révèle une mécanique sportive sans équivalent dans l'histoire des grandes compétitions européennes. L'UEFA applique une règle constante : jamais plus de deux places qualificatives d'office ne peuvent être accordées aux nations hôtes. Quand un seul pays organise le tournoi, comme l'Allemagne en 2024, la question est simple. Quand cinq nations co-organisent, elle devient un casse-tête philosophique et sportif.

Retrouvez la suite du contenu après cette annonce

Les cinq associations devront donc toutes participer aux éliminatoires classiques de l'Euro 2028, probablement entre 2026 et 2028. L'UEFA a prévu un filet de sécurité minimal : deux places de repêchage automatique réservées aux nations hôtes qui n'auraient pas réussi à se qualifier sportivement. Mais seulement deux. Si trois associations ou plus échouent à décrocher leur billet sur le terrain, seules les deux meilleures d'entre elles — sur la base de leurs performances dans les éliminatoires — bénéficieront de cette garantie. Les autres rentrent chez elles.

Pour l'Angleterre de Thomas Tuchel, l'équation est gérable. Ses cadres Harry Kane (32 ans, Bayern Munich), Jude Bellingham (22 ans, Real Madrid) et Bukayo Saka (24 ans, Arsenal) ont la carrure pour traverser une campagne de qualification sans trembler — et la performance du Mondial 2026, où les Three Lions ont notamment écrasé la France 6-4 en quart de finale avant de s'incliner 1-2 en demi contre l'Argentine, confirme leur statut de candidats sérieux au titre en 2028. La question ne se pose pas vraiment pour eux.

Elle se pose en revanche très sérieusement pour Steve Clarke et son Écosse (42e nation au classement FIFA). Après avoir terminé leur Mondial 2026 sur une élimination en phase de groupes — une victoire 1-0 contre Haïti, puis deux défaites contre le Maroc (0-1) et le Brésil (0-3) —, les hommes d'Andrew Robertson et Scott McTominay savent que les éliminatoires européens constituent une autre forme de cruauté. Que se passerait-il si l'Écosse, co-organisatrice, ratait sa qualification et se retrouvait hors du top-2 du classement des nations hôtes éliminées ? L'UEFA serait alors dans l'obligation de l'exclure de son propre tournoi. L'hypothèse n'est pas théorique : c'est la règle.

Pour l'Irlande du Nord (71e au classement FIFA, sélectionneur non confirmé à ce stade) et la République d'Irlande de Heimir Hallgrímsson (60e), le scénario cauchemar est encore plus plausible. L'Irlande du Nord n'a participé à une grande compétition internationale que deux fois dans son histoire — le Mondial 1958 et l'Euro 2016. La République d'Irlande, dont le dernier grand tournoi remonte à l'Euro 2012, devra probablement compter sur le système des play-offs ou espérer figurer parmi les deux meilleures nations hôtes recalées si elle manque la qualification directe. Le règlement de l'UEFA, dans sa froideur arithmétique, ne fait aucun cadeau au romantisme géographique.

Le rendez-vous de la ferveur populaire

Il serait réducteur de ne voir dans l'Euro 2028 qu'un puzzle logistique ou un défi réglementaire. Ce tournoi porte en lui une promesse que le football international n'avait plus vraiment tenue depuis longtemps : celle d'une compétition vécue dans ses tripes, dans des stades de club où la passion ne se décrète pas parce qu'elle existe depuis des générations.

Après le Mondial 2026 et ses 104 matchs dispersés entre Los Angeles, New York, Mexico et Toronto, après des déplacements en avion de six heures entre villes américaines, l'Euro 2028 offrira aux supporters européens un luxe devenu rare : la proximité. Un fan français pourra rejoindre Glasgow en deux heures d'avion. Un supporter espagnol atteindra Dublin ou Cardiff sans se ruiner. Les villes britanniques et irlandaises ont une culture de l'accueil footballistique que peu d'endroits au monde peuvent revendiquer avec autant de légitimité — des pubs centenaires aux stadiums intimes, de l'accent glaswégien au craic irlandais.

Ce sera, aussi, un tournoi de fierté nationale décuplée pour des équipes qui joueront chez elles devant leurs propres supporters — à condition, rappelons-le, de s'être qualifiées sportivement ou d'avoir bénéficié du précieux sésame de repêchage. Hampden Park en quart de finale avec l'Écosse sur le terrain, Robertson et McTominay sous les yeux de 51 000 Glaswégiens en délire ? Le Principality Stadium grondant pour le Pays de Galles ? Ces images, encore hypothétiques aujourd'hui, constituent la matière première du rêve footballistique que l'UEFA et les cinq fédérations sont en train de vendre — et que les supporters, eux, achètent déjà sans hésiter.

L'Euro 2028 ne sera pas parfait. Il sera compliqué, politique, logistiquement ambitieux et réglementairement périlleux pour au moins deux ou trois des cinq nations organisatrices. Mais c'est précisément cette imperfection assumée, cette tension entre l'ambition collective et les réalités individuelles de chaque association, qui en fait d'ores et déjà l'un des tournois les plus fascinants de l'histoire moderne du football européen. Le football, deux ans après son passage en Amérique du Nord, retrouvera ses îles. Et ses îles, elles, n'oublient jamais rien.

Retrouvez-nous bientôt pour suivre les qualifications de l'Euro 2028 sur : https://euro2028-foot.net

À lire aussi

Publicité